Le film We Live in Time de John Crowley (présenté dans la catégorie hors compétition au Festival de Toronto en 2024) est un drame romantique qui explore les thèmes de l'amour, du destin et des défis relationnels, en particulier dans un contexte de crise personnelle et professionnelle.
Il met en scène Almut (Florence Pugh) et Tobias (Andrew Garfield) qui voient leur vie à jamais bouleversée lorsqu'une rencontre accidentelle les réunit. Une romance profondément émouvante sur les instants qui nous changent, et ceux qui nous construisent.
Le film s’ouvre sur la respiration d’une femme qui court dans la forêt. Cette première scène de par sa lenteur, sa simplicité, son fond musical et son travail colorimétrique installe l’ambiance posée du film.
En effet, on ressent une forme d’apaisement tout au long du film grâce à son rythme contemplatif, et ses transitions lentes entre les scènes, qui offrent ainsi des moments de réflexion tout en permettant au spectateur de s'imprégner des émotions offertes par la prestation des acteurs. Ce rythme plus lent peut paraître langoureux à certains moments, mais il est efficace pour construire progressivement la tension émotionnelle. Les silences nous permettent de mieux comprendre les expressions, les intentions des personnages, créant un espace pour l’introspection et l’empathie. Les scènes de dialogues sont souvent filmées en plans rapprochés afin de créer une intimité entre les personnages et le spectateur. Ce qui permet par la même occasion de capter plus facilement les regards et l'attention des personnages, le réalisateur semble y accorder une grande importance pour maintenir ce rythme contemplatif.
Le film débute par un mélange de scènes provenant du passé, du présent et du futur, ce qui complique l’entrée dans le film pour le spectateur. On ne connaît ni les personnages, ni leur histoire mais le film nous offre différents moments de leur vie à plusieurs reprises. On finit par ne plus savoir où placer ces derniers dans la continuité, il faut être attentifs à certains sur des détails comme leur coupe de cheveux ou encore si la femme est enceinte pour tenter de replacer les évènements dans l’ordre. Peut-être est-ce un choix de la part du réalisateur pour souligner l’un des thèmes majeurs du film, à savoir la complexité des événements de la vie ? L’intention est bonne mais cela a pu perdre l'attention de certains spectateurs dès le début du long métrage.
Par ailleurs, on remarque le travail du chef opérateur Stuart Bentley notamment au niveau de la lumière et des couleurs. Dans les moments plus calmes et introspectifs, comme ceux où les personnages se retrouvent dans un environnement privé, il utilise des sources de lumière indirectes, souvent provenant de lampes de table ou de fenêtres. Cette lumière diffuse donne une qualité presque intime et chaleureuse aux scènes, suggérant une profondeur émotionnelle à chaque interaction. Mais dans certaines scènes où un personnage est confronté à une tension interne ou à un dilemme moral, la lumière peut être plus dure, plus directe. Ces contrastes, entre lumière douce et lumière plus crue, permettent de mettre en évidence les conflits intérieurs ou les moments de stress et de confusion. Il se sert ensuite des nuances de couleurs plus froides ou plus chaudes en fonction des situations. Les couleurs plus froides comme le gris représentent la nervosité et la perte tandis que le bleu est associé à la tristesse et la solitude. La protagoniste fait face à la rechute de son cancer alors qu’elle doit participer à un concours prestigieux en tant que chef cuisinière. Dans tous les moments de réflexion, de solitude, d’inquiétude, de peur, l’image ne contient que des couleurs froides. Cependant ces nuances sont contrastés avec des couleurs plus chaudes comme le jaune pour la joie et le orange pour le contact humain et la communication. Le film met en avant le rapport humain dans une relation amoureuse et à quel point il est important de confier tout ce qui nous traverse à notre partenaire. Par exemple une fois qu’Almut révèle à son mari qu’elle participe au concours malgré les restrictions de son médecin, ils prennent le temps de discuter ce qui améliore leur relation, ce qu’on comprend par les images de couleur plus chaudes. Ce contraste reflète bien la dualité des sentiments que les personnages principaux traversent, pris entre la dureté de leurs réalités et la beauté fragile de leurs relations.
Les décors, souvent minimalistes, contribuent à l'atmosphère générale du film. La caméra s’attarde sur des détails, des objets du quotidien aux éléments naturels, pour enrichir la symbolique de l’histoire et mettre en lumière l'importance de chaque moment, aussi quotidien soit-il.
Le scénario de Nick Payne met en avant des événements concrets et ne surcharge pas l’histoire de péripéties et de clichés qui nous sortirait du côté réaliste. De plus, les acteurs incarnent très bien leur rôle, ce qui facilite l’identification et l’empathie du spectateur. On ressent leur intention sans qu’ils aient la nécessité de parler, leur langage corporel nous indiquent leurs volontés. On peut notamment voir l’implication des acteurs dans la scène où le personnage de la femme se rase les cheveux, puisque l’actrice Florence Pugh a tenu à réellement se raser les cheveux pour mieux s’identifier à son personnage. Le réalisateur a indiqué dans une des ses interviews qu’il était nerveux qu’un problème technique puisse survenir et qu’il n’ait pas le matériel nécessaire pour régler le souci puisque c’est une scène importante mais qui n’a pu être tourné qu’une seule fois.
Bryce Dessner a su composer sa musique comme un acteur supplémentaire au film. We Live in Time est marquée par des motifs récurrents, des mélodies ou des thèmes qui reviennent à des moments spécifiques du film pour renforcer certains messages ou certaines émotions. Un thème musical récurrent est utilisé pour souligner les relations principales du film ou un sentiment particulier, comme l’amour ou la perte. Par exemple, chaque fois que les protagonistes se rapprochent ou se retrouvent après un conflit, un motif musical récurrent ressurgit pour rappeler le lien fondamental entre eux. La musique évolue tout au long du film pour accompagner les transformations des personnages. Le thème qui commence de manière hésitante, mélancolique ou complexe devient plus lumineux et harmonieux à mesure que les personnages trouvent un certain équilibre ou se réconcilient avec leurs sentiments. Cela reflète le processus de guérison et de transformation des personnages. Le choix de ne pas saturer le film de musique lui permet de garder une certaine sobriété, tout en procurant à chaque note et à chaque silence un impact émotionnel précis. Cela fait de la musique un élément qui transforme la scène et l’expérience du spectateur.
L'un des principaux thèmes du film est la réconciliation, tant sur le plan personnel que relationnel. À la fin, les personnages principaux, qui ont traversé des moments de confusion, de conflit, de désespoir et de rupture, parviennent à un moment de compréhension mutuelle et de guérison. Le long métrage se termine sur une note de réconciliation où les personnages acceptent leur passé, leurs imperfections et leurs luttes. Cela marque une prise de conscience que, même si les relations sont complexes et que la vie peut être parsemée d’obstacles émotionnels, la possibilité de guérison et de réconciliation existe. Ils ne cherchent pas seulement à résoudre les conflits extérieurs mais aussi à trouver une paix intérieure, symbolisant l’acceptation de soi et de l'autre. L’idée que les relations évoluent constamment et qu'elles doivent s'adapter aux changements internes des individus est mise en avant. Les personnages ne sont plus ceux qu’ils étaient au début du film, et cette évolution est la base de leur capacité à reconstruire leur connexion. La fin du film propose l’idée que chaque fin est aussi un commencement. Après les turbulences qu’ils ont traversées, les personnages ont la possibilité de repartir sur des bases nouvelles, plus solides et plus authentiques. Cela donne au spectateur un message d’espoir : même lorsque la vie semble pleine de désillusions, il y a toujours un potentiel de transformation et de croissance. La relation amoureuse, qui semble avoir traversé plusieurs obstacles, devient finalement un terrain fertile pour la réconciliation et la transformation. L'amour, loin de se réduire à un idéal romantique ou à une simple conquête émotionnelle, est ici montré comme une expérience qui permet à deux personnes de se découvrir et de se redéfinir à travers leurs épreuves. La fin laisse entendre que l'amour véritable est celui qui traverse les tempêtes et les périodes de doute, offrant à chaque individu la possibilité de se reconstruire. Le film suggère aussi que le temps permet aux individus et aux relations de guérir. Ce n’est pas un processus immédiat, mais lent et progressif, et c’est dans ce temps qu’ils apprennent à mieux se comprendre, à réparer leurs blessures et à avancer ensemble.
En conclusion, We Live in Time propose un message profond sur l’évolution personnelle et la réconciliation, tant intérieure qu’extérieure. Elle invite le spectateur à réfléchir à l'idée que la vie, les relations et l’amour ne sont pas toujours linéaires, mais qu'ils offrent toujours la possibilité de transformation, de guérison et de recommencement. Ce film ne réinvente pas le genre, mais n'en a pas la prétention et trouve une certaine grâce dans sa simplicité.
Sarah EXERTIER T°4
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