Un plongeon dans les années 70 qui laisse pourtant émerger une vision du monde encore à questionner.
Premier film de la réalisatrice Sofia Coppola, sorti en 1999, Virgin Suicides est une adaptation du roman de Jeffrey Eugenides. Il raconte l’histoire de cinq sœurs de 13, 14, 15, 16 et 17 ans, élevées dans une famille américaine conservatrice, à travers le regard d’un groupe de garçons qui les admirent. Le film prend place dans les années 70 et installe directement une atmosphère morose, aux images de couleurs froides, bleutées. Le son a une grande importance : les plans longs et fixes capturent le moindre détail, avec de longs silences qui laissent au spectateur le temps de s’imprégner de l’univers et de déchiffrer les personnages. Cette atmosphère permet de dépeindre l’histoire tragique des sœurs Lisbon.
La santé mentale est au cœur de ce récit avant-gardiste pour l’époque, avec, dès l’ouverture, la tentative de suicide de la plus jeune sœur, Cécilia. L’histoire, peu joyeuse, est sublimée par la musique principale, Playground Love. Composée spécifiquement pour le film, elle est un fil conducteur de l’histoire, dont les notes reviennent à différents moments, appuyant cette ambiance nostalgique.
Sorti dans les années 2000, on y retrouve tout de même les clichés des films d’adolescents, avec la scène classique du bal de fin d’année, les premiers amours… Pourtant, Sofia Coppola brise ce mythe avec un retour à une réalité brute. Les amours ne sont qu’éphémères ; du côté des garçons, les filles ne semblent que “matérielles”, comparables à des trophées. Les conversations entre eux sont vides, ils ne semblent pas vraiment intéressés par elles, mais plutôt par ce qu’elles représentent.
La narration externe apporte aussi sa touche d’originalité.
Elle laisse une part de mystère, mais également de frustration. On ne semble jamais comprendre ce que vivent les sœurs Lisbon : nous avons des faits, mais tout est biaisé par la perception des narrateurs. Les sœurs sont un objet de rêve, d’idéal, et c’est cette vision d’elles qui nous empêche de réellement les cerner et de comprendre pourquoi ont-elles réellement agi ainsi. En tant que spectateurs, nous parvenons à comprendre l’idée générale par les images, car la parole est peu laissée aux filles. Les autres informations sont révélées par les personnages secondaires comme Trip, un jeune homme amoureux de Lux (14 ans), la protagoniste, pendant un court moment. Une histoire “d’amour” qui est rapidement brisée par celui-ci, sans raison. De nombreuses réponses sont sous-entendues ; d’autres sont cependant cachées, perceptibles après une seconde vision, qui laisse entrevoir de nouvelles idées.
La “perception” est l’idée générale qui ressort pour moi. Nous n’avons que des avis, des critiques, des points de vue extérieurs d’adultes, de journalistes, de garçons… sur ces filles. Mais jamais personne ne va au-delà de ses avis biaisés par l’apparence. Personne ne semble prendre en compte les principales concernées. C’est sans doute cela qui contribue à leur destin tragique.
Alors, les sœurs Lisbon sont-elles simplement un mystère à déchiffrer ou des jeunes filles inécoutées ?
Amandine Clouet.
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