On dit souvent que la vieillesse est un naufrage... Haneke ne change pas l'adage, en nous montrant la lente agonie de deux naufragés, l'un essayant désespérement de maintenir la tête de l'autre hors de l'eau... mais à quel prix!
Jean-Louis Trintignant est magistral dans le rôle d'époux attentif et aimant, et pourtant si terriblement impuissant face à la maladie qui gagne la partie. Le sujet pourrait se prêter au pathos facile. Mais Haneke, cette fois encore, montre son extraordinaire maîtrise en évitant cet écueil. L'émotion est là, palpable, rendue dans chaque regard un peu plu absent d'Emmanuelle Riva, dans chaque renoncement à ce qui a été, que le réalisateur nous livre par bribes : un passé heureux, rempli de musique et d'échanges riches et complices. Pourtant, à l'image du volatile qui s'égare dans l'appartement, une première attaque vient faire perdre ces repères, bousculant toute la famille : Isabelle Huppert, la fille apparemment absente qui soudain revendique une présence qui n'a plus lieu d'être; Jean-Louis Trintignant, mari incrédule et plein de tendresse tout d'abord, puis résigné à une fin terrible et inavouable...
Et nous, spectateurs, ne pouvont qu'être saisis par une gamme d'émotions très diverses, de la pitié à l'admiration, de la terreur à la compassion. En dépit de son sujet glaçant, c'est un film lumineux qui mérite amplement sa Palme d'or.
G.M.