C'est une histoire déjà tant de fois mise en scène, celle d'un deuil dont on ne se remet jamais : celle de la perte d'un enfant.
Et pourtant, mise à part la fin relativement attendue - mais sans être toutefois dénuée d'émotion - on a l'impression de découvrir pour la première fois toute l'ampleur de la douleur en partageant le point de vue d'un père qui, littéralement, enrage de cette absence. Cette rage est muette et pourtant d'une intensité extraordinaire. William Hurt incarne cette solitude absolue du père, cette tentative vaine et malsaine de prendre une place qui ne lui appartient plus. Le petit Paul, grand (demi)frère du défunt, ressent d'emblée l'incommensurable tristesse de Jacques et rentre malgré lui dans un jeu dangereux qui le dépasse...jusqu'à l'ultime face à face...
Alexandra Lamy est d'une profondeur et d'une justesse étonnante, dans ce rôle de mère bouleversée par l'intrusion d'un passé qu'elle s'est efforcée de rejeter tout en déplorant la chape de silence qui s'est abattue sur lui. Elle devient malgré elle une femme prise entre deux hommes, l'un déjà mort à la vie, et l'autre - incarné par un Augustin Legrand capable de passer de la tendresse aimante à la fureur la plus absolue - qui se bat pour préserver la vie de sa famille.
C'est un film très fort que nous livre Sandrine Bonnaire, un premier long métrage de fiction avec beaucoup de silences et de gros plans qui remplacent toutes paroles superflues... celles qui ne peuvent dire l'indiscible désespoir de la perte.
«Je voulais que le film se tienne dans le viscéral de la perte, dit Sandrine Bonnaire. C'est un trou dans le cœur, dans le ventre. Il n'y a pas de mots. Ce sont des émotions universelles, l'amour, le vide. Et aussi la possibilité de renaître. Ce qu'on fait de son destin.»
G.M.