Le nouveau Resnais est arrivé, avec son cortège d'attente et d'impatience...
Cette fois-ci, c'est à un mythe que s'attaque le maître, celui d'Orphée et d'Euridyce, lui-même revisité par Anouilh dont le texte est superbe. Et le génie du réalisateur, c'est d'avoir su, par un scénario inventif et un dispositif très théâtral, faire résonner en choeur ou de manière successive des voix multiples pour un même personnage, des Anciens et des Modernes, sans querelle toutefois, avec une grande fluidité et une extraordinaire palette d'émotions. Eurydice est multiple, de Sabine Azéma à Anne Consigny, chaque comédienne prêtant sa voix et son visage à l'héroïne de tragédie, chaque intonation participant à ce qui fait l'essence même du mythe : son universalité.
Car Euridyce et Orphée, ce sont chacun d'entre nous et tous les couples que le monde porte, a porté et portera, avec leurs doutes, leurs interrogations, leurs trahisons et leur besoin de vivre des sentiments extrêmes.
Resnais nous livre à cet amour fatal comme l'auteur incarné par le facétieux Denis Podalydès, acteur aussi surprenant que le personnage qu'il incarne, celui qui manipule à sa guise ses personnages et ses acteurs, en leur montrant la captation de la pièce mise en scène par la jeune troupe du théâtre de la Colombe (réalisée par Bruno Podalydès!).
Et le mythe, en abolissant les époques, fait résonner en écho notre temps intérieur, à l'image du pendule de Foucault qui jamais ne s'immobilise. Ecrivain(s) et réalisateur(s) se mêlent dans la figure de l'artiste, qui nous embarque dans son univers singulier que l'on quitte à regrets.
GM