Depuis quelques temps, j’attendais la sortie du film 12 years a slave de Steve McQueen. L’histoire me paraissait plutôt intéressante et j’ai donc profité du week end dernier pour me rendre au cinéma.
Pour commencer, ce qui rend déjà le film intéressant, c’est l’origine de son histoire. En effet, ce film est l’histoire vraie de Solomon Northup, homme de couleur noire, enlevé et vendu comme esclave à differents propriétaires. J’ai trouvé que l’adaptation était très bien faite. Le choix d’acteur n’y est très certainement pas pour rien : Chiwetel Ejiofor dans le rôle de Solomon, joue parfaitement bien la victime. Ses regards, ses peurs, son désespoir… Pas besoin de paroles pour comprendre ses émotions, ce qui rend déjà le film réussi. On suit ses désillusions au cours du temps, il est d’abord effaré du comportement de ses semblables, qui n’ont aucun espoir, qui pleurent, qui réclament leur maître comme un enfant réclame sa mère, de les voir simplement se soumettre de cette manière… Puis, tout au long du film, on voit son comportement changer petit à petit, lui qui voulait « vivre » se retrouve à dire qu’il souhaite « survivre », c’est lui qui devient l’enfant lorsque l’histoire s’arrange pour lui. On découvre aussi que personne n’a abandonné sa liberté. Sous des airs de soumission, chacun suit ses petites habitudes pour ne pas perdre la raison : Solomon essaie d’écrire et joue du violon, d’autres chantent – particulièrement lors de l’enterrement d’un des leurs, qui est une scène très émouvante.
J’ai aussi trouvé la mise en scène et les plans réalisés formidables : la séparation Noirs / Blancs était très bien marquée, tant par les paroles que par l’image. Différents procédés permettent de montrer la soi-disante supériorité de tous les Blancs face aux Noirs, même lorsque l’on pense qu’ils peuvent être leurs égaux. Solomon est d’abord très bien vu par son premier maître, par un remarquable Benedict Cumberbatch, qui, on peut le penser, a une grande estime de lui, puis il nous rappelle sa condition d’esclave grâce aux plans utilisés : l’esclave est filmé en plongée, et le maître en contre-plongée. Dans les mentalités de tous, les Blancs sont et resteront toujours supérieurs. D’autres procédés permettent de bien le voir : les jeux de lumière utilisés, le cadrage des plans, etc.
Un autre détail me permet de penser que ce film est réussi. En effet, hormis le titre, il n’y a pas d’unité de temps. On sait que douze ans se passent mais aucun autre élément n’indique tout ce temps qui passe, comme s’il restait figé, qu’il n’existait pas ou qu’il durait une éternité. Le temps paraît infini, pour montrer que la vie d’esclave n’est pas une vie, toutes les notions et repères sont perdus.
Enfin, ce film nous apporte une grande réflexion sur la vie. Quelle est-elle ? A quoi tient-elle ? Tout ce que l’homme a créé, comme cette belle valeur qu’est la liberté, l’homme peut le reprendre, et le perdre en l’espace d’une journée. Et s’il ne perd pas la vie, il perd sa dignité, ses instincts. Même si chacun désire une vie meilleure, personne ne va se battre pour. L’envie y est, mais à quel prix peut-on aider les autres ? Au prix de sa propre vie ? Lorsque Solomon fait une course pour sa propriétaire et qu’il tombe sur deux Noirs condamnés à la pendaison, il les regarde intensément, avec une immense douleur dans le regard. On devine qu’il lutte contre lui-même, contre son instinct de protection. Il ne peut pas les aider. S’il intervient, il meurt. Alors il préfère passer et ne rien dire, mais ce souvenir le ronge, son regard est encore plein de désespoir lorsqu’il s’éloigne. Il est obligé de détourner le regard, par gène, par pudeur, par compassion. Le spectateur le juge et trouve son acte horrible. Néanmoins, le spectateur est aussi contraint de détourner le regard dans une scène plus loin, lorsqu’une autre esclave, Patsey, se fait fouetter. On voit tout : le sang, la douleur ; on entend tout : le sifflement du fouet, les cris ; et on imagine l’odeur. Le spectateur ne peut regarder pour les mêmes raisons que Solomon : par peine et par pudeur. Cela nous révèle autre chose : qui sommes-nous pour juger du bon et du méchant ? Qu’aurions-nous fait à leur place ?
Pour conclure, je dirai que ce film est absolument à découvrir. Non seulement pour son histoire, mais aussi pour la qualité des plans et les reflexions qu’il soulève. Il est très dur, certes, les plus jeunes ne sont donc certainement pas le public le plus adapté, mais il convient parfaitement à tous les autres. On se laisse facilement submerger par l’émotion, allant parfois jusqu’aux pleurs, grâce notamment une fin extrêmement émouvante. Ce film n’est donc pas à manquer, et à aller voir au plus vite !
Marie Nocquet.