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Blog des élèves de cinéma du lycée Baudelaire de Cran-Gevrier


I, Origins

Publié par Andréa LOY sur 2 Mars 2015, 22:20pm

I, Origins

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

I Origins est un film de science-fiction dramatique réalisé par Mike Cahill avec dans les rôles principaux Michael Pitt , Brit Marling et Astrid Berges-Frisbey. Deuxième long métrage de Mike Cahill, il nous raconte l’histoire d’amour d’un chercheur en biologie, passionné par les yeux (notons le jeu de mot I (eye) Origins), s’apprêtant à faire une découverte majeure. Après Another Earth, que je n’avais que moyennement aimé, de par sa réalisation peut être trop fade, trop froide à mon goût, Cahill revient donc avec un film de science-fiction réaliste, et cette fois-ci je dois l’admettre, j’ai adoré ce film.

Il se déroule en deux actes, et fait le pari de mêler une romance à un film de science fiction philosophique. Ainsi, la première partie du film pourrait nous paraître ennuyeuse, mais elle conte comme peu de films l’ont fait, une histoire d’amour hors du commun, qui semble pourtant se construire de façon tout à fait naturelle entre les deux personnages. Ainsi, on est vite ému et surpris en voyant se dérouler une romance que peu de réalisateurs ont su retranscrire aussi bien. Contre toute attente, l’émotion est montée au fur et à mesure des différents montages parallèles décrivant toutes les petites habitudes d’un couple, qui paraît réel et authentique (de par l’excellent jeu des acteurs: Astrid Bergès-Frisbey et Michael Pitt).

Ceci m’amène donc à vous parler de la réalisation : semblable à Another Earth, elle est pourtant cette fois-ci plus justifiée et sait transmettre une poésie certaine à travers des plans essentiellement cadrés en caméra épaule, comme si le film était une sorte de « documentaire». En effet, il fait partie de cette nouvelle vague du cinéma américain qui consiste à insérer des éléments esthétiques expérimentaux dans des films de science fiction, sans pour autant les styliser (voir par exemple Her de Spike Jonze). Notons qu’il n’ y a absolument aucun effet spécial dans tout le film , le réalisateur tente d’avoir une approche la plus réaliste possible, et s’éloigne de toutes règles du cinéma américain classique, se rapprochant donc d’un cinéma beaucoup plus indépendant, certes. A petit budget, certes. Et pourtant, il touche à des sujets qu’on a plutôt l’habitude de voir dans des films de plus grande envergure. Aucun effet spécial, aucun effet visuel, une musique reposant sur la répétition de motifs et atmosphérique, une chanson pour unir les inséparables, et le tour est joué, le film nous attire , nous intrigue.

I, Origins traite aussi de la façon dont une découverte scientifique peut changer le monde, il est en lui-même présenté comme une thèse scientifique. I, Origins traite des liens qui nous lient les uns aux autres. I, Origins traite de ce qu’on appelle spiritualité, religion ou science : l’inexplicable. Ce sentiment que notre réalité est écrite et que les événements s’enchaînent comme les plans d’un film dont on ne connaîtrait pas le réalisateur. A la recherche d’une vérité, nous sommes confrontés et limités à notre condition d’humain. Mais un film n’a pas d’intérêt si il ne fait que représenter la réalité pure, le quotidien. I, Origins suit donc le cheminement d’un personnage confronté à une force inconnue, inaccessible, et le fait de manière réaliste. Il réussit à trouver un certain ordre à travers le chaos. On peut l’appeler « Dieu » , ou « hasard », l’histoire traite de cet appel lointain et incompréhensible du destin, de cette sensation qui nous attire vers quelqu’un, vers un regard sans que l’on sache pourquoi, à moins que la réponse se trouve dans ses yeux. I, Origins parle de ce qui peut confronter toute logique scientifique et ne pas trouver d’explication, à condition d’être capable de ne pas chercher de réponses. On retrouve ici le thème de la confrontation entre religion et science déjà évoqué auparavant dans Contact de Robert Zemeckis. Cependant, le fil directeur reste ici l’émotion pure, à travers une romance, une émotion que l’on acquiert dans la première partie et qui crée un véritable attachement aux personnages réussissant à nous captiver. La seconde partie du film bascule dans le fantastique, mais je ne m’étendrai pas sur le sujet étant donné qu’il vaut mieux savoir le moins de choses à son sujet, afin de préserver l’effet de surprise. On peut simplement dire qu’un certain suspense s’installe dans la deuxième partie, et l’on comprend que l’histoire repose sur un principe de set up/pay off : c’est à dire un principe scénaristique qui réutilise dans l’histoire un élément qui paraissait au premier abord anodin. C’est en cela que je le trouve surprenant car il casse réellement certains codes en prenant une tournure inattendue et basculant dans un récit haletant qui mènera le personnage principal jusqu’en Inde.

 

Seul point négatif, Cahill coupe à mon sens son film trop tôt : on aimerait que la fin soit plus développée, aille plus loin dans les explications, mais ce dernier laisse le libre choix au spectateur en gardant cette fin ouverte. Ce film réussit donc à transmettre des émotions authentiques au spectateur à travers un regard poétique sur ce qui peut paraître froid et concret. Ainsi, si ce n’est pas un « grand » film, je suis certain qu’il annonce de potentiels autres chef d’oeuvres signés Cahill, qui affirme ici un réel style à travers un film indépendant.

Andréa Loy

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