Envie d’explorer le Hollywood des années 50 ?
Suivez les guides, JOEL ET ETHAN COEN dans leur tout dernier film Ave césar
(entre réalité et gigantesque farce)
Alors que le monde se remet de la Seconde Guerre Mondiale et que les Etats Unis s’enfoncent dans la Guerre Froide, l’industrie du cinéma hollywoodien des années 50 reprend du souffle grâce au triomphe de ses grandes productions aux décors somptueux et aux mises en scène rocambolesques. Parmi tous ceux qui s’activent sur les plateaux des studios, un homme qui a réellement existé, Eddie Mannix, interprété par Josh Brolin, était en quelque sorte l’expert en situation délicate, chargé de régler les problèmes de stars et d’éviter au mieux les polémiques. C’est au milieu de ce beau monde qu’Eddie Mannix doit résoudre en moins de deux jours quatre problèmes qui se posent à lui : la disparition de la vedette du studio, la représentation du Christ à l’écran, une grossesse hors mariage d'une actrice à cacher et les premiers pas catastrophiques d’un jeune acteur de western dans un mélodrame.
Les frères Coen s’inspire de la vie de cet homme, pour dévoiler l’envers du décor de ce monde et l’accompagnent de moult autres références aux figures emblématiques du cinéma parlant du début du XXe siècle : on retrouve ainsi George Clooney alias Baird Whitlock, vedette du studio incarnant un empereur romain dans un peplum digne de Ben-Hur (1959), Hobie Doyle jeune acteur campé par Alden Ehrenreich, virtuose du lancer de lasso et de rodéo semble tout droit sorti d’un de ces western de série-B de ces années-là. Tilda Swinton, glaçante dans son rôle des jumelles Thora et Thessaly Thacker reprend la rivalité incessante des deux chroniqueuses mondaines de l’époque, friantes de scandales, Hedda Hopper et Louella Parsons. Le plus frappant reste la scène de danse mené par Channing Tattum dont on peut d’ailleurs saluer la prestation est tout droit tiré des comédies musicales de Gene Kelly et en particulier celles où il est accompagné de Frank Sinatra dans Escale à Hollywood et Un jour à New York.
La liste d’exemples est encore longue mais une fois les références établies, les frères Coen prennent un malin plaisir à tourner en ridicule des situations qui auraient pu avoir des répercutions dramatiques sur les studios. En effet l’arrivée du cinéma parlant fut un réel problème pour certains acteurs et, de la même façon que Chantons sous la pluie, autre film relatant du cinéma lui-même, en parle à travers son personnage de Lina Lemont à la voix criarde et insupportable, le personnage de Scarlett Johansson se voit réduite à une queue de poisson et à un balai dansant car elle possède un accent qui pourrait faire fuir n’importe quel spectateur ! Le film parle également de la fragilité des studios à cette époque car le cinéma n’était pas encore la valeur sûre qu’elle est aujourd’hui car était encore très jeune et menacée par l’arrivée de la télévision. Paradoxalement, chaque film tourné au sein du film lui-même, et en particulier le péplum, donne l’impression que les studios se pensent puissants et qu’ils sont un guide pour les américains. De nombreux thèmes délicats sont ainsi abordés comme la religion et le communisme, bien sûr liés aux croyances américaines et à la propagande de guerre des Etats-Unis mais sont à chaque fois traitées par l’absurde par les réalisateurs à travers une musique poussée à l’extrême et des comédiens au jeu très exagéré. Surtout que le film est agrémenté d’une mise en abyme assez ambiguë entre les films tournés et le récit lui-même.
Cet élément est ce qui me laisse le plus perplexe. Déjà pour Inside Lewin Davis, le message n’était pas très clair. Les frères Coen semblent aimer prendre une période de l’histoire moderne, tourner en ridicule leur personnage puis les abandonner avant la fin, sans aucun message qui puisse expliquer leur démarche. Ici aussi, ils ont voulu parler du Hollywood des années 50, raconter les enjeux de l’époque puis oublier toute cohérence sur la fin. Bizarrement, ces deux rigolos savent me faire rentrer dans une salle de cinéma par leur choix de casting, leur sens de la mise en scène et leurs images toujours très belles mais, une fois sortie de la salle, j’ai l’impression de retomber à chaque fois dans le même piège.
Ce film reste intéressant par ses références, son esthétique et son casting cinq étoiles mais pour tous ceux qui aimeraient le voir, un conseil, ne regardez pas les bandes annonces qui sont beaucoup trop longues et qui laisse deviner presque la totalité de l’intrigue. Ave Cesar souffre en effet d’une promotion beaucoup trop prononcée et c’est bien dommage car le film est parsemé de petites scènes consacrées à des acteurs très bons, je pense notamment à Jonah Hill ou Scarlett Johansson, qui se retrouvent dans la bande annonce alors qu’il s’agit de leur seul apparition. Il n'en reste pas moins très divertissant et très drôle si on évite de trop l'analyser.
Je conseille ainsi ce film à tout ceux qui connaissent déjà au minimum l'univers des frères Coen et qui sont curieux d'en connaitre plus sur l'histoire du cinéma américain.
Mathilda COLLI
