C'est l'été, la vie quotidienne d'un jeune couple qui s'éveille dans un appartement Berlinois, lui reste au lit, la jeune femme d'une trentaine d'années se prépare sans savoir qu'ils ne se reverront jamais. Une journée ordinaire qui s'achève en drame lorsque Sasha, sortant de l'atelier d'art où elle travaille, s'effondre au milieu d'un parc.
Le décès brusque de Sasha plonge Lawrence (Anders Danielsen Lie), son compagnon, dans une profonde mélancolie, le confrontant à l'impuissance de faire face au deuil et à la tristesse qui l'accable. Zoé (Judith Chemla), la sœur de Sasha connaît les mêmes errements; 3 étés et 3 villes: Berlin, Paris et New-York seront le théâtre de leur retour à la vie, malgré le poids de l'absence.
Au fil du temps et de leur rencontre, Zoé et Lawrence, unis par la même douleur, éprouveront des sentiments l'un pour l'autre qu'ils auront du mal à exprimer, partagés entre l'amour et le besoin de consolation.
Le cinéma de Mikhaël Hers est à la fois gracieux et doux, sa manière simple et elliptique de traiter le sujet du deuil permet au spectateur de s'identifier aux personnages et de ressentir leur profond désarroi. La mort de Sasha est plus suggérée que réellement filmée, le minimum est donné au téléspectateur: un lit d'hôpital, des échanges banals, beaucoup de retenue.
Dans ce film, l'exposition des sentiments ne passe pas par des dialogues construits ou des scènes déchirantes, mais par de sensibles métaphores qui retranscrivent les émotions et surtout l'impuissance à les exprimer.
Le cinéma de M.H est lent et progressif, il est parfois difficile pour le spectateur de s'accrocher à des bouts de séquences qui ne reconstituent pas véritablement un récit. Tout nous semble si proche de la rupture, on évolue au dessus du vide mais cela reste cependant si poétique.
Les gros plans et les plans séquences nous permettent de rentrer en intime connexion avec les personnages, dans les lieux qu'ils fréquentent comme décors de leurs tourments. La lumière toujours très vive, les couleurs à la limite de la surexposition, la musique, les ellipses, la symbolique qui se cache derrière la scène du parapente par exemple et les retours fréquents dans des parcs créent une atmosphère intimiste où les sentiments sont traités avec pudeur.
Un film délicat et subtile, particulièrement porté par Anders D.L, dont le jeu tout en retenue, l'humour et la sensibilité expriment avec justesse cet état à la limite de la dépression mais aussi le sentiment d'apprivoiser la vie avec douceur et naïveté.
On retrouve ces mêmes qualités dans le film Oslo 31, où il incarne le rôle d'un toxicomane tentant de se reconstruire.
Apolline Gille