Black Panther, de Ryan Coogler, est un bijou inattendu pour un film de super-héros, notamment pour une production de Marvel Studios. Très abouti (peut-être le plus de tout le Marvel Cinematic Universe), il offre un nouveau souffle exotique à l'Univers, ce qui fait beaucoup de bien. Je redoutais un peu sa sortie, car sachant l'objet du film, je me demandais comment les studios Marvel allait adapter un super-héros très particulier sans trop tomber dans le caricatural ou dans la "recette classique Marvel". L'histoire du film, c'est celle de T'Challa (Chadwick Boseman), devenu souverain du Wakanda après la mort de son père dans Captain America : Civil War. Le Wakanda est un pays imaginaire disposant d'une richesse immense et d'avancées technologiques supérieures au reste du monde, dont le royaume est d'ailleurs caché et inconnu. Cette richesse est due à une météorite de vibranium (métal fictif aux propriétés incroyables qui compose par ailleurs le bouclier de Captain America) qui s'est écrasée il y a des millénaires au Wakanda. T'Challa est par ailleurs l'implacable guerrier et héros Black Panther. Mais quand un vieil ennemi resurgit, la question de la nécessité du Wakanda à demeurer caché est soulevée.
J'ai particulièrement adoré Black Panther, car j'ai pris beaucoup de plaisir à découvrir le Wakanda. Le film est intelligent et présente les traditions d'un pays d'Afrique qui ne ressemble à aucun autre, sans tomber dans le cliché africain. C'est remarquable pour un studio de films de super-héros américain, où les pays et personnages étrangers sont souvent caricaturaux (je pense notamment aux terroristes d'Iron Man). On sent un profond respect pour l'Afrique dans la réalisation. Le savant mélange de hip-hop américain et de musiques africaines est très bien orchestré, et passe très bien. Black Panther innove par rapport au reste de l'univers Marvel, car il propose une immersion dans une culture créée de toutes pièces, entre traditions et modernité. Le film est très beau, les paysages wakandais sont sublimes. Ce sont malheureusement des fonds verts, mais il n'empêche qu'on se laisse transporter par la majestuosité des lieux. J'ai particulièrement aimé le design de la ville. On y voit de hauts gratte-ciels modernes, mais qui restent dans un style africain. D'autre part il y a des rues colorées et bruyantes comme dans notre Afrique réelle, mais avec une évidente dose de modernité due au Wakanda.
Mais là où le film réalise un tour de force, c'est qu'en plus de nous faire vivre une utopie africaine haute en couleur et isolée, les enjeux du film sont importants pour le reste du monde. C'est toute la question de l'affrontement entre Black Panther et Killmonger (Michael B.Jordan) : faut-il que le Wakanda se révèle et intervienne dans les conflits mondiaux, ou est-il préférable qu'il demeure secret ? Car la technologie wakandaise (à en faire pâlir Tony Stark) pourrait faire basculer le destin du monde. Disposant d'une avance énorme sur l'armement, les soins, les transports et autres, le Wakanda pourrait aider les autres nations dans le besoin, et même supplanter tous les pays ! C'est d'ailleurs le but de Killmonger : asseoir la domination wakandaise sur le reste du monde. Killmonger est un antagoniste intéressant : ses motivations sont presque louables (même si elles sont obscurcies par le désir de vengeance), ou en tout cas l'idée de base : révéler le Wakanda au monde et faire profiter aux autres de la formidable avance technologique du Wakanda.
Un tout petit bémol cependant : les scènes de combats, à l'exception de la course-poursuite et de la bataille finale qui sont franchement impressionnantes, sont parfois un peu gâchées par une caméra qui tremble ou le manque de luminosité (comme au début du film). Malgré cela, Black Panther est un film très complet qui laisse la place à tout ce qui entoure le héros. En plus de bien préparer le terrain pour Avengers Infinity War, il propose un voyage majestueux. Pour finir, il est visible par tout le monde car il n'a que peu de liens avec les autres films de l'univers (ces liens se résument à deux personnages et un caméo). Une excellente surprise !
Noé Bastard
