Présenté au Festival International du Film d'Animation d'Annecy 2017 où il a été primé, Lou et l'île aux sirènes (夜明け告げるルーのうた, Yoake tsugeru Rû no uta), le dernier né de Masaaki Yuasa, est un petit bijou typiquement japonais.
Kai, collégien taciturne et compositeur à ses heures perdues, habite une petite ville côtière empreinte de mythe, le plus important étant celui relatif aux sirènes, qui raconte que ces créatures vivant sur l'île voisine sont sensibles à la lumière et dévorent les humains. Le jeune garçon (dont le prénom « kai » est l'une des lectures du kanji 海 signifiant mer), bien loin des légendes, se retrouve embarqué par deux de ses camarades de classe pour former un groupe. Il va alors rencontrer Lou, une sirène attirée par sa musique, dont le rêve est d'être amie avec tout le monde, et qui va rapidement devenir la chanteuse des SIRENS, le groupe de Kai et de ses amis. Cependant, les ennuis vont commencer quand les villageois vont se rendre compte de la présence de l'adorable sirène.
Lou et l'île aux sirènes est un film qui, tout en abordant des thèmes assez profonds comme l'asservissement, la jalousie ou la vengeance, reste burlesque et très drôle. Il rappelle singing in the rain par ses danses, ou par son graphisme, les animés japonais tels que kureyon shin chan pour l'anatomie quelquefois disproportionnée des personnages ou l'insert des dessins enfantins dans l'animation.
Ces inserts soulignent également le côté enfantin du film, tout comme la BO chantée par les SIRENS : ce sont les adolescents et les sirènes aux cœurs d'enfants qui sauvent la situation, et non pas les adultes effrayés et cupides. L' animation permet d'ailleurs de rendre cette démarcation encore plus présente quand les traits du père de Yûho deviennent monstrueux, alors que le père de Lou, qui est sensé être le monstre de la ville, se sacrifie pour sauver sa fille.
Les couleurs ont également un rôle très important dans la séparation humains/sirènes. Que ce soit au niveau du chara-design des sirènes ou du monde sous-marin, tout est très coloré et poétique. Au contraire, la ville est sombre et les couleurs sont fades et ternes. Ce contraste se retrouve chez les personnages. Ainsi, l’excentrique Yûho est la seule à avoir les cheveux colorés, alors que Kai, timide et solitaire, semble être un cliché du collégien japonais : peau claire, cheveux brun et uniforme. D'ailleurs, bien que le film suive la vie de Kai dès le début du film, il est invisible sur les premiers plans. On ne voit qu'une silhouette. La première fois que l'on voit ses yeux et son visage coïncide avec la première évocation des sirènes. Les plans sont par ailleurs très mouvants, avec très peu de plans fixes. Que ce soit une évocation de la période de l'adolescence des protagonistes, une métaphore de l'évolution des mentalités ou un rappel de la mer, le film est en perpétuel mouvement.
En bref, un film burlesque et poétique qui nous rappelle de ne jamais oublier l'enfant qui est en nous et la magie qui habite le monde qui nous entoure.
Coline Percie du Sert
