Sauvage se résume parfaitement en un mot, tout est dans le titre. Et c’est ce qui fait la première force de ce long-métrage.
Camille Vidal-Naquet imaginait un personnage en quête d’amour, parcourant les ruelles, vivant hors des lois, de rencontres en rencontres. C’est avec cette première idée, cette première image que le réalisateur créa le film Sauvage, présenté à la Semaine Internationale de la Critique au Festival de Cannes 2018.
C’est un film français, c’est un film dur, brut, c’est un film émouvant, c’est « un film de corps ».
Léo a 22 ans, il vit dans la rue, on ne sait pas pourquoi, quand et comment. Il boit dans les caniveaux pour s’hydrater, il mange dans les poubelles, il dort à même le sol, il se drogue et il se prostitue.
Pourtant, l’analyse sociologique n’y est pas. Ce n’est pas le but. Ce que veut Camille Vidal-Naquet c’est de « restituer l’impression de sidération que peut occasionner la violence de l’exclusion. » D’après Félix Martiaux, l’acteur principal, son personnage est un marginal parmi les marginalisés. C’est-à-dire que Léo vit vraiment au jour le jour. C’est un personnage qui ne pense pas, il survit par son corps en fonction de son corps et la société qui l’entoure ne l’atteint pas. Il est là, et c’est tout, rien de plus rien de moins.
C’est cela qui est fascinant : cette histoire sans début ni fin, qui pourrait être l’histoire de n’importe qui. Les personnages ne sont jamais nommés, la ville non plus. Ce but d’universaliser le sujet du film nous fait perdre tout repère. Le décor (de Charlotte Casamitjana) est un mélange de rues françaises et de murs des « American streets », rien ne nous indique quelle est la densité de cette ville, et malgré l’aéroport, elle maintient une fonction de cloison/cage ; le spectateur espère tout le long du film que le personnage principal va pouvoir se sortir de sa situation donc de cette ville. Or, d’un autre côté ce décor est une zone de confort pour le personnage qui ne voit pas d’inconvénient à son mode de vie.
En effet, il ne s’agit pas de volonté dans le film. Et il ne s’agit pas non plus de changement de vie. Le long-métrage est un cercle vicieux qui traite l’animalité de l’homme. Le réalisateur s’est inspiré du chien de rue, et l’on retrouve bien la fidélité, le non besoin de vengeance et la passivité chez Léo. La nudité et le corps doivent être ordinaire pour le spectateur, c’est pour cela que Camille Vidal-Naquet décide de filmer les scènes sexuelles nombreuses de la même manière que les autres scènes, il n’y a pas de censure, pas de pudeur, ce qui propage davantage de force lors du visionnage du film.
Sauvage vous perturbe, vous bouscule. C’est aussi une fenêtre sur le monde qui nous entoure, car cet homme si endommagé par la vie de rue et à la fois si simple et si vivant (contrairement à beaucoup de personnes victimes d’un système de « faire toujours plus toujours plus vite ») on peut le croiser les matins en allant travailler ou en sortant le samedi.
Si ce film nous percute autant c’est notamment grâce à l’acteurFélix Maritaud, un acteur investi et engagé dans son travail pour vivre le plus corporellement possible dans la peau de Léo. Les dialogues étant pourtant très écrits sans place à l’improvisation, il y a une instinctivité dans l’interprétation qui donne lieu à une impression forte de réalité.
Bref un film à voir rien que pour heurter votre sensibilité (c’est formateur parfois de sortir de sa zone de confort de western et de séries Netflix).
… bon, sûrement interdit au moins de 16 ans lors de sa sortie le 22 Août 2018.
