Mardi 26 février 2018
François Ozon,
J’ai eu l’occasion de voir votre dernier film récemment au cinéma. Grâce à Dieu, redonne la parole à des personnes, qui depuis trop longtemps restent dans le silence et également à celles qui ont parlé mais qui n’ont pas été entendu. Comme vous le soulignez dans votre film, les parents qui étaient au courant des agissements du père Preynat ont parfois préférer se voiler la face et ont choisi de ne pas porter plainte contre le prêtre en question. Votre film nous replonge dans le contexte et dans l’esprit de chaque famille, de chaque personnage, venant de milieux sociaux-culturels variés, et bien que les décisions parentales nous fassent parfois bondir, on arrive tout de même à comprendre quel a été le mode de raisonnement de ces parents, sous le choc d’une telle découverte. Certains, afin d’éviter de faire subir un interrogatoire lourd et douloureux à leur enfant, ont échanger de nombreuses lettres avec la hiérarchie du prêtre en question et l’agresseur lui-même. Comment imaginer possible que la restriction pour que le prêtre n’exerce plus en présence de jeunes enfants n’ai pas été tenue ? Comment a t’ont pu le laisser continuer à encadrer des enfants sans que jamais il n’y ait de suivit ? Questions qui bien sûr me sautent aux yeux lorsque je vois votre film, questions que vous vous êtes sans nul doute posées aussi, puisque vous avez choisi de traiter ce sujet plus que révoltant. L’affaire Preynat, n’est cependant pas l’un des seuls cas de pédophilie dans l’église et comme vous le mentionnez lors d’une interview, le film aurait pu prendre un point de départ similaire dans n’importe quels pays du monde. Cependant, et c’est ce qui rend votre film encore plus fort, vous n’avez fait aucune stigmatisation de l’église, vous vous êtes appuyés sur des faits, que personne ne peut nier, bien que le procès du père Preyant n’ai pas encore eu lieu. Vous dites ne pas faire ce film contre l’église et je vous soutiens dans vos propos car vous lui rendez service, vous lui permettez d’ouvrir les yeux sur les conséquences qu’engendre le silence et la non prise en considération des cas comme celui-ci. Bien que vis-à-vis de la loi, la plupart des cas de cette affaire soient prescrits, il n’est pas tolérable de laisser passer ce qui s’est perpétrer pendant des années et de fermer les yeux sur de tels actes qui ont déchiré des cœurs d’enfants et brisé des familles. Votre film permet de donner du poids aux paroles des victimes qui aujourd’hui encore, ont parfois du mal à se faire entendre. Malgré ce sujet difficile, vous arrivez avec légèreté à nous faire sourire par instant. Vous mettez en lumière les victimes qui luttent pour que ce genre d’agissements ne se reproduisent plus. Comment oublier la rencontre entre le père Preynat et Alexandre, la première de ses victimes à avoir parlé ? Organisé par Régine Maire, travaillant aux cotés de Mgr Barbarin, cette séquence est l’une des plus révoltantes, où l’aveu du prêtre se clôt par une prière, comme si tout pouvait s’apaiser par la grâce de Dieu sans qu’il ne soit jamais juger pour ses actes. Un moment des plus terribles et des plus marquants du film qui fait prendre conscience qu’il faut s’accrocher afin que justice soit rendue.
Dans l’espoir que votre film soit un déclencheur pour de nombreuses personnes, qui à l’heure d’aujourd’hui ne sont toujours pas sorti du silence,
Cordialement,
Marguerite Maxit
