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Blog des élèves de cinéma du lycée Baudelaire de Cran-Gevrier


Si Beale Street pouvait parler

Publié par les élèves du lycée Baudelaire sur 10 Mars 2019, 11:55am

Si Beale Street pouvait parler

Révélé au monde avec son deuxième film, Moonlight, Barry Jenkins adapte cette fois au grand écran « Si Beale Street pouvait parler » de James Baldwin. Sorti le 30 janvier 2019 au cinéma, il a rapidement su trouver son public par sa réalisation magistrale, ses acteurs entraînants et sa réflexion sociale.

 

Si Beale Street pouvait parler, elle raconterait à peu près ceci : Tish, dix-neuf ans, est amoureuse de Fonny, un jeune sculpteur noir. Ils sont bien décidés à se marier. Mais alors qu'ils s'apprêtent à avoir un enfant, le jeune homme, victime d'une erreur judiciaire, est arrêté et incarcéré. Avec l'aide de sa famille, Tish s'engage dans un combat acharné pour prouver l'innocence de Fonny et le faire libérer. Les deux amoureux n’ont d’autre choix que d'attendre, portés par leur amour, un amour qui transcende le désespoir, la colère et la haine.

 

Barry Jenkins nous fait découvrir (ou redécouvrir pour certains) au travers de ce film toute l'étendue de sa palette artistique. En effet, les éclairages et jeux d'ombre sur les visages sont tout simplement époustouflants et que dire de tous ces regards presque hypnotisants présentés au travers d'une multitude de gros plans ! Seulement voilà, si on est séduit par cette esthétique indéniable, puisque tout est misé sous cet angle, le cinéaste enfonce le clou jusqu’au bout avec une musique également au diapason mêlant douceur et mélancolie. Cette dernière utilisée de façon judicieuse sans excès renforce admirablement le caractère dramatique de ce film et mérite amplement ses multiples nominations notamment aux oscars.

 

Les dialogues sont d’un lyrisme rare, même si cette atmosphère empreinte de romantisme et de mélancolie pourrait nous envoûter à elle seule quelque part... La voix off de la malheureuse Tish, renforce d'autant plus cet aspect. On aurait envie face à cette histoire d’injustice, où l’erreur judiciaire et le racisme sont apparemment les thèmes centraux, de rugir sous forme d’échanges où la colère et la rage sont à fleur de peau. Cependant le film ne laisse rien paraître ou alors très peu de tout cela. Alors que même à la prison, lors des parloirs, on philosophe sur la différence entre un artiste et un artisan !

 

Le film mise sur de jeunes acteurs sans grandes expériences apparentes mais qui incarnent et jouent d'une manière très convaincante Tish (interprété par Kiki Layne) et Fonny (joué par Stephan James) dans leur rôle d'éternelles amoureux.Le décor quant à lui représente le Harlem dans les années 70 de façon réaliste mais qui surtout se concentre sur l'intérieur des appartements.

 

Ce qui frappe dans la mise en scène de Barry Jenkins, c’est le soin apporté au temps. Le temps de la séquence. Le temps de l’échange. Le temps de l’enjeu. De nos jours, tout va majoritairement vers le zapping, et le cinéma reflète sa contemporanéité par la vitesse de l’exécution ou alors par la contemplation. Jenkins est ailleurs. Dans le temps donné au temps. Chaque moment de son cinéma et particulièrement de ce film est une parcelle de vécu qui laisse la place au ressenti de chaque mot, de chaque regard, de chaque force en jeu. L’intensité dramatique n’en est que plus forte. Tout ce qui est filmé reste crucial. Caractérisé par l’amour absolu qui lie les deux jeunes héros.

 

Ainsi, ce film est dans une grande majorité une réussite par son esthétisme notamment de plus que ses messages sociaux et politiques. Pour ceux qui ont lu le livre de James Baldwin paru en 1974, le long-métrage lui accorde une relative fidélité des plus agréable. Sans esbroufe ni spectaculaire, Si Beale Street pouvait parler touche au cœur, et nourrit l’esprit d’une invincible douceur progressiste. Plus que jamais pertinent.

 

Je vous invite donc à aller le voir, vous passerez un moment des plus plaisant en associant esthétisme et réflexion !!!

 

 

Belle Guillaume

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