« J’ai perdu mon corps » est un film d’animation pour adulte réalisé par Jeremy Clapin. Sortit le 6 novembre 2019, il a reçu le cristal du long métrage et le prix du public au festival d’animation 2019 d’Annecy.
Ce film raconte l’histoire de Naoufel, orphelin, livreur de pizza étourdi qui fait connaissance de Gabrielle un soir, par l’intermédiaire de son interphone. Il tombe amoureux de sa voix et cherche à la retrouver. Il la suit ensuite jusqu’à la maison de son oncle où il deviendra plus tard apprenti charpentier. Sans le savoir, Gabrielle a complètement chamboulé la vie de Naoufel, son existence prend un nouveau départ.
En parallèle à cela, une main s’échappe d’un laboratoire et tente de retrouver son propriétaire. Cette main qui aurait pu couper la crédibilité du film, propose au spectateur un voyage sensoriel ou elle sera personnifiée et deviendra une figure attachante du film, car elle paraît dotée d’émotions. On comprend rapidement que la main appartenait à Naoufel et on découvre grâce à elle ses souvenirs et sensations liés au toucher. Autours de cela s’articulent son enfance, sa vie d'avant et ce qui semble être le présent.
Ce film est particulièrement touchant car il transcrit des sensations quotidiennes ressenties par les 5 sens seulement par l’image et le son. Le toucher est particulièrement présent et la manière dont il affecte le spectateur est vraiment incroyable. Par exemple lorsque la main se fait attaquer par des fourmis, le spectateur ressent cette sensation d’invasion miniature et prend part au combat de la main pour s’en débarrasser. Les textures comme le sable, la peau d’un bébé ou encore les crocs d’un chien sont transmises au spectateur qui est totalement plongé dans une expérience contact sensoriel uniquement visuel. Chacune des sensations comme le froid ou la douleur sont éprouvées par le spectateur de manière très concrète. Au delà des sensations corporelles, qui sont d’ailleurs exprimées de manière très poétiques, le film vient heurter la sensibilité du spectateur. Même si l’histoire est racontée avec beaucoup de poésie, elle retrace tout de même le destin tragique de ce jeune homme. La souffrance aussi bien physique que morale de Naoufel contraste avec les petits bonheurs insignifiants de la vie qui sont mis en avant et qui chamboulent les émotions du spectateur.
Jeremy Clapin fait le choix de réduire au maximum les dialogues afin d’expérimenter les possibilités de la musique. Il réussit à mêler rap français et musique classique, qui à chaque fois accentuent les sentiments que propose l’image.
Plutôt que de s’attarder à la description des problèmes de la vie de Naoufel qui sont plus survolés pour donner un contexte et une trame au film, le réalisateur met en scène divers instants de la vie quotidienne auxquels on ne fait même plus attention une fois adulte, comme la manière d’attraper une mouche ou le bruit des pneus sur la route en hiver, ou encore le bruit du vent entre les immeubles.
Ce film est un vrai voyage sensoriel où le spectateur (re)découvre ses sens et (re)expérimente la poésie mélancolique du destin.
Salomée P.
