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Blog des élèves de cinéma du lycée Baudelaire de Cran-Gevrier


Camille

Publié par les élèves du lycée Baudelaire sur 17 Novembre 2019, 14:42pm

Catégories : #Film de guerre, #Film biographique

Camille, un film qui nous tient en haleine de la première à la dernière minute, même si on en connait l'issue dès le départ.

Camille Lepage c’est une photographe de guerre tuée en République centrafricaine en 2014 à l'âge de 26 ans. C’est en alternant des faits réels et d’autres hypothétiques que Boris Lojkine (réalisateur également de « Hope » et « Seule à mon mariage ») va nous raconter les derniers mois de cette photoreporter, interprétée par Nina Meurisse. En arrivant en République Centrafricaine Camille va rencontrer des étudiants avec qui elle va se lier, juste avant qu’ils aient à « choisir un camp ». Ceux qui interprètent ces étudiants ne sont pas professionnels mais des personnes que le réalisateur a rencontré sur place. Il y a notamment Leïla interprétée par Ousnabee Zounoua et Cyril interprété par Fiacre Bindala. Cyril qui va rejoindre la milice Anti-Balakas (milice de la majorité chrétienne) opposée aux Sélekas (coalition violente issue de la minorité musulmane)  et que Camille va suivre. C’est au milieu de cette guerre civile sanglante que nous allons suivre Camille qui cherche sa place, en quête des photos les plus justes, à l’instant parfait.

Le rythme de ce film est particulièrement agréable à suivre, l’action signifie nécessairement quelque chose, l’alternance avec des scènes plus calmes, notamment de discussions, est très juste. Les scènes d’actions sont violentes, violence qu’il est nécessaire de montrer au spectateur, cette violence étant omniprésente durant cette guerre civile. Malgré tout cette violence est bien dosée à la caméra, comme par exemple dans cette scène particulièrement perturbante du passage à tabac d’un homme, potentiellement musulman, par un groupe de chrétiens où il est achevé avec une brique qu’on voit brandie et lâchée au-dessus de sa tête mais on ne voit jamais le corps de la victime. Ces images de violence supposée laissent une atmosphère lourde dans la salle. Ce choix de ne pas tout montrer, laisser le spectateur supposer, est le même que fait Camille dans ces photos. Le cadrage du film correspond également aux choix de photographie de la reporter. En effet les plans larges sont très rares, quasiment inexistants, dans les photos comme dans le film malgré le fait que les scènes soient essentiellement en extérieurs, parfois dans la nature où les plans larges sont courants. La lumière est principalement naturelle dans ce film. Effectivement les scènes en intérieurs sont très rares sauf quand elle est chez elle, en France et quelque fois en Centrafrique notamment lors de la cérémonie d’adieux à Leïla, scène étouffante. Ces scènes exclusivement en intérieurs dans son pays natal nous montrent cette sensation de contrainte, de décalage qu’elle ressent ici.  Elle ne semble pas parvenir à vraiment s’amuser comme dans la scène en boite de nuit où elle parait perdue. Elle continue à penser à ce conflit, elle ne peut faire plus que ça, tenter de communiquer au monde l’histoire de ce pays, de cette jeunesse qui la touche tant. Comme si après tout ce qu’elle avait vécu aucun retour en arrière n’était possible. Cette nécessité se ressent aussi lorsqu’elle est en danger, elle n’a pas peur, elle panique dans aucunes situations et fait preuve de courage. Elle ne refuse jamais une occasion d’être au plus prêt du conflit, ce qui lui a couté la vie. On apprend sa mort dès la première scène du film, du point de vue de militaires français qui croisent un véhicule Séléka avec à l’arrière des corps, dont un de femme blanche, Camille. On sait donc à la fin du film, une scène relativement joyeuse alors que Cyril, Camille et leurs compagnons Anti-Balakas se camouflent avec des branchages afin de pourchasser un groupe de Sélékas, que c’est ici, dans un instant proche qu’elle va mourir. On la voit, avec un plan en contre plongée, ornée de branchages pour se camoufler et une très belle lumière solaire  illuminant son visage pour la dernière fois avant sa mort. A ce moment-là on entend un texte lu, qui aurait pu être écrit par elle ou du moins, même si ce n’est pas le cas, c’est cet effet qui est recherché.  Après cette belle image de vraies photos défilent en son hommage, d’elle là-bas, ou qu’elle avait prises.

L’hommage à cette photographe est poignant et nous fait réfléchir sur la place du reportage dans un conflit, d’une femme dans un milieu masculin, des européens en Afrique et du métier dans une existence.

Zoé Allot- -Cauchard 

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