En Février 1939, des espagnols débarquent en nombre pour fuir la dictature franquiste. Le gouvernement français, dépassé par cet exode, décide de les parquer dans des camps. A l’intérieur de cet endroit infâme, un gendarme (Bruno Solo) s’attache à un dessinateur, Josep (Sergi Lopez). Le film raconte l’histoire vraie de Josep Bartolí, combattant antifranquiste et artiste d’exception.
Josep est un film d’animation d’Aurel (dont on connaissait davantage ses travaux dans la presse comme Le Monde) dont le point de départ est donc l’arrivée de ces Républicains espagnols dans le Sud-ouest français, et leur « parcage » dans des camps de concentration. Aurel représente avec beaucoup de justesse justifiée par la dureté de la réalité, le quotidien de ces exilés, qui, fuyant la barbarie franquiste, se retrouvent confrontés à une autre forme de violence, tout aussi redoutable et avilissante.
Ce film donne à voir et à réfléchir. Il témoigne, tout simplement, d'un temps pas si lointain, sombre et peu connu. Il témoigne à travers le dessin, ces instants capturés, qu'ils soient de grâce ou d'agonie, par l'art de Bartoli qui navigue entre la caricature et le réalisme le plus terrible. En parlant de caricature, la forme technique est un choix artistique qui a divisé plus ou moins. Plusieurs fois durant la séance on pouvait entendre certains critiquer l’animation saccadée qui pour eux « allonge le film plus qu’il ne l’ait déjà » alors que d’autres défendaient ce choix dans la presse en affirmant que cette technique donnait une empreinte esthétique singulière au film.
Josep a aussi fait débat sur plusieurs autres points dans la presse, il est vrai que le dessinateur Aurel s’est imposé un défi de taille pour son premier long métrage d’animation : évoquer à la fois l’épisode de la Retirada, la fuite massive des républicains suite à la victoire de Franco en 1939, et le sort d’un détenu particulier, voué à devenir un artiste de renom, Josep Bartoli. Certains s’offusquaient que Josep n’est pas tant l’histoire de l’artiste que celle de l’un de ses gardiens, Serge, devenu un vieillard atteint de la maladie d’Alzheimer et contant ce qu’il reste de cette histoire à son petit-fils. La bonne idée, pour Aurel, sera de s’inspirer du trait abrupt de Bartoli pour dépeindre le quotidien des camps de concentration, pénible autant pour les détenus que pour les tirailleurs sénégalais venus ici pour les surveiller ou les gendarmes qui n’adhéraient pas aux méthodes dégradantes de leurs collègues. Et on peut voir ceci cette inspiration avec cette confrontation :
Confrontation : - [Oeuvre de Bartoli]
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Confrontation : - [Oeuvre de Aurel]
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Quoiqu’il en soit, ce premier film d’Aurel est réussit ! En à peine 1h15, il arrive à contenir une densité thématique hors du commun, aidée par une forme magistrale qui interroge le spectateur sur ce qu’il voit à chaque instant. Tous ces éléments font de Josep un film très beau qu’on pourrait même dire politique et qui, malgré par ses choix d’abstractions oniriques, peut être considéré comme un très beau mémoire historique.
- Evan MARTIN