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Blog des élèves de cinéma du lycée Baudelaire de Cran-Gevrier


La Forêt de mon père

Publié par les élèves du lycée Baudelaire sur 14 Novembre 2020, 17:22pm

La Forêt de mon père

Filmé avec simplicité et ce qu’il faut de mystère, La Forêt de mon père est un film touchant, racontant la folie d’un père vue à hauteur de sa fille de quinze ans.

Il s’agit du premier long métrage fictif de la réalisatrice Vero Cratzborn, sorti en 2019, après des années acharnées de travail. Il raconte l’histoire de Gina (Léonie Souchaud) quinze ans, aîné d’une famille de trois enfants. Elle habite avec ses parents et ses deux frère et sœur dans un appartement en lisière de forêt, et mène une vie simple, entourée de l’amour de sa famille. Mais tout bascule le jour ou Jimmy (Alban Lenoir), son père commence à montrer certains signes de déficience psychologique. Peu à peu, ce bel équilibre commence à se rompre. Sa mère Carole (Ludivine Sagnier) est fatiguée des histoires de Jimmy, et quand il oublie les enfants en pleine nuit dans les bois, jette le téléviseur par la fenêtre et commence à tenir des propos incohérents, elle doit prendre des décisions. Aussi douloureuses que nécessaires, elles restent tout de même incompréhensibles pour Gina, qui dans la révolte décide d’agir.

Avec cette première fiction à tendance autobiographique, Vero Cratzborn  traite d’un sujet délicat avec tendresse. Elle parvient avec succès à interroger sur le mal être lié à un déséquilibre familial, plus précisément dans le cas de troubles psychologique de l’un des parents. Ce film est agréablement porté par une bande originale tantôt entrainante, tantôt touchante, en accord exact avec les images.

Le film s’ouvre sur une scène calme, avec quelques plans magnifique d’une forêt verte claire et lumineuse, accompagnée d’une musique douce en symbiose avec ce paysage, et quelques bruits d’oiseaux et d’animaux forestiers.  Très vite, apparaissent les personnages principaux : d’abord Gina, puis Jimmy, et enfin Tony et Nora. Cette scène introduit la forêt presque comme un personnage à part entière, une présence rassurante et intrigante, qui semble pouvoir protéger la petite famille. Tout au long du film, la forêt sera présente, parfois avec plus de force, mais toujours liée au personnage de Jimmy, et donc par ce biais au personnage de Gina. D’ailleurs, la dernière scène du film se déroule elle aussi dans cette même forêt, mais de nuit, pour rappeler au spectateur tout le cheminement de l’histoire depuis le début. Gina est présente, mais cette fois ci avec son copain Nico (Carl Malapa)

La réalité du trouble psychologique de Jimmy est amenée petit à petit. Cette déficience nous est plusieurs fois suggérée, par exemple lorsqu’il oublie ses enfants dans la forêt, mais la réalisatrice laisse planer un espoir que la situation s’arrange. Le spectateur se refuse d’y croire, tout comme les enfants qui ne s’interrogent pas plus que ça sur les actions étranges de leur père. Seule Carole semble se rendre compte de la gravité de la situation. C'est véritablement au moment où Jimmy sort nu du magasin et se fait interpellé par les vigiles que l'on comprend tout à fait le trouble psychologique du personnage. Ce qui fait de cette scène un moment marquant du film est le naturel avec lequel elle est filmée. On décèle une certaine réserve dans les premiers plans : quelque chose ne vas pas, mais le spectateur n’est pas encore capable d’expliquer pourquoi. La sonnerie du portique alerte sur la nature du problème, c’est un vol. Mais lorsque l’on voit enfin Jimmy entièrement nu, le spectateur prend effectivement conscience que la situation est bien plus grave qu’elle n’y paraissait au début. On ne s'attend pas à cette situation, elle peut paraître gênante, voire irréelle, mais c’est cela qui en fait son charme. Elle arrive à nous faire ressentir parfaitement le malaise que provoquerait la situation si nous avions à la vivre, de même que la jeune Gina et ses frères et sœurs qui sont sous le choc, notamment grâce à des gros plans sur le visage décomposé des enfants. La surprise croissante de l’enchaînement des plans est réussie.

La scène de la voiture est dans le même genre également remarquable. La réalisatrice fait comprendre au spectateur à traves elle que cette famille n’est plus une famille « normale » comme elle a pu l’être auparavant. La scène commence très légèrement, toute la famille est heureuse de se retrouver, une musique entrainante nous conforte dans cette sensation de joie. Des plans sur touts les personnages heureux mettent un peu de baume au cœur.  Mais cette illusion se brise brutalement lorsque Jimmy coupe brusquement la musique, et commence à rouler très vite. La tension monte alors d'un cran, et prend progressivement toute la place,  jusqu'à cette phrase fatidique de Jimmy qui nous ne laisse plus le choix d'admettre que démence n’est toujours pas partie: " On va tous mourir ensemble, ce sera très beau". Des gros plans sur les visages anxieux, voire terrorisés de Carole et des enfants, ainsi que le bruit ronflant du moteur de la voiture ne laissent plus de doute : ils sont en danger.  C'est grâce à des plans simples et spontanés que la réalisatrice parvient à transmettre cette ambiance tantôt touchante tantôt pesante, toujours dans ce cadre familial fermé.

Il faut cependant admettre que ce film est en grande partie soutenu par un jeu d’acteur excellent. En effet, certaines scènes un peu maladroites auraient pu moins bien marcher si les acteurs ne portaient pas avec adresse leurs personnages. Par exemple, la scène dans laquelle Jimmy s’énerve et lance la télévision par la fenêtre est peut-être trop « banale ». A contrario de la scène du magasin, elle est bien plus directe, presque trop, ou en tout cas peu rythmée.  De plus, le scénario peine parfois à conserver un fils conducteur construit, il s’éparpille un peu, notamment parce qu’en plus de vouloir parler des problèmes de cette famille, Vero Cratzborn a aussi voulu montrer les difficultés sociales que cette situation peut créer chez la jeune Gina. Malheureusement, à vouloir trop en montrer, les scènes de disputes entre Gina et les autres jeunes de son immeuble sont « bâclées » voire clichées, et n’ont pas les impacts qu’un harcèlement pourrait éventuellement avoir sur une enfant de 15ans.

De même, certaines scènes semblent « en trop »,  voire redondantes. Les scènes de disputes entre Gina et sa mère, ou encore les scènes de rapprochement entre Gina et Nico sont nombreuses, et ne font pas toujours évoluer l’opinion que l’on  a des personnages et de leurs relations.

 

Pour conclure, il s’agit d’un très bon premier long-métrage que nous propose Véro Cratzborn, qui devrait avec le temps réussir à trouver sa touche personnelle et s’affirmer encore plus. A  la fois attendrissant et tragique, il reste tout de même sobre, sans chercher à provoquer l’émotion à tout prix.

 Taína JONDEAU

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