La Forêt de mon père est le premier long-métrage de Vero Cratzborn, réalisatrice belge. Sorti en 2019, ce film explore le sujet de la schizophrénie vue par les proches. Gina, 15 ans, incarnée par Léonie Souchaud, voit l'équilibre de sa famille rompu par la maladie de son père, Jimmy (joué par Alban Lenoir) qui prend de plus en plus de place : il doit être hospitalisé.
Pour être honnête, lorsque j'ai lu la description du film, j'ai eu peur. Étant moi-même concernée par le handicap, j'ai toujours peur des œuvres qui traitent de la gestion du handicap par les proches : ils tombent souvent dans le pathos et montrent souvent des personnages qui se placent en sauveurs pour la personne handicapée ou malade.
Cependant, ce film n'est pas comme les autres films que j'ai pu voir qui traitent du handicap. La réalisatrice est concernée par le sujet et cela se sent dans le film. On sent dans la construction du personnage de Gina que des recherches ont été faites et que ce n'est pas quelqu'un qui a décidé de faire un film sur le sujet sans rien y connaître.
En revanche, le jeu est parfois problématique, peu crédible, exception faite pour Alban Lenoir qui est, je trouve, assez juste dans son jeu, mais je ne suis pas concernée par la schizophrénie donc je ne peux pas le dire et Saskia Dillais de Melo qui joue Nora, j'ai été impressionnée par la performance de l'actrice à seulement 10 ans.
Pour les autres c'est difficile : Mathis Bour, qui joue Tony, n'est pas toujours très juste et semble parfois manquer de conviction, peut-être est-ce dû à son rôle d'adolescent désinvolte. Léonie Souchaud est en règle générale crédible, surtout que le rôle est joué par une actrice qui a l'âge du personnage (15 ans), donc qui connaît les réalités liées à cet âge-là. Cependant, sur certaines répliques, on sent qu'elle a du mal et cela m'a un peu sortie du film. Et enfin, la mère jouée par Ludivine Sagnier ne m'a pas convaincue, j'ai eu l'impression qu'elle était hors du film à certains moments.
J'ai trouvé les plans et les décors du film magnifiques : je trouve qu'on ne met pas assez en valeur les forêts françaises dans les films, qui sont très belles, surtout sublimées de cette façon par la caméra. J'ai été particulièrement touchée par le plan final, avec le feu dans la forêt et Gina et Nico qui s'embrassent, ainsi que par le plan dans lequel le père, au volant de la voiture, veut se suicider, et tuer toute sa famille avec. La tension dans ce plan est palpable et n'est pas du tout artificielle : elle monte, toute en sensibilité, et atteint son paroxysme pour retomber très rapidement. J'ai trouvé ça très réaliste.
La relation des membres de la famille entre eux est intéressante : on voit Gina en crise d'adolescence, qui se rebelle contre sa mère, parce qu'elle idéalise son père. On voit également la vie quotidienne de la famille, avec le lapin adopté par Tony et Nora, les dessins animés... Je trouve que c'est bien, dans le sens où c'est une famille normale, tout ne tourne pas autour du handicap du père, contrairement à de nombreux films sur le handicap.
Cependant, je pense que trop de sujets ont été traités dans le film et ne sont pas assez approfondis, comme la relation entre les garçons de l'immeuble de Gina et elle : pourquoi le père refuse-t-il que sa fille les fréquente ?
Par ailleurs, si le sujet de la schizophrénie a bien été traité, ce n'est pas forcément le cas de celui de l'adolescence : j'ai trouvé le personnage de Gina assez caricatural sur certains sujets, comme lorsqu'elle va chez la personne chez qui travaille sa mère et prend le maquillage et les vêtements de la personne. Après, je peux comprendre les motivations du personnage, qui cherche sa féminité à travers ces essayages, pour plaire à Nico, notamment, mais j'ai trouvé que c'était mis en scène d'une façon assez étrange et je n'ai pas compris ce choix artistique.
En conclusion, j'ai beaucoup apprécié ce film qui traite d'un sujet peu répandu dans les films francophones, pour le traitement du sujet, les plans et les décors mais j'ai eu un peu de mal avec le jeu des acteurs et actrices. J'ai apprécié le traitement du handicap dans le film. Je regrette simplement que l'acteur de Jimmy ne soit pas concerné par la schizophrénie, car je trouve ça dommage de donner des rôles de personnes handicapées aux valides, pour le peu qu'il y en a...
Margaux Serafini Terminale 2