Doux et puissant The Fundamentals of Caring est agréable à regarder, traitant de la myopathie à travers un humour débridé, mais parfois lourd.
Les Fondamentaux de l’aide à la personne revus et corrigés est le troisième livre de Jonathan Evison. Avec ce roman, il se penchait sur deux trajectoires de vies cabossées amenées à se rencontrer et à se lancer dans un road trip à la découverte de sites touristiques peu conventionnels du territoire américain. The Fundamentals of Caring est ainsi l’adaptation de ce livre. Cette production originale Netflix est le second long-métrage de Rob Burnet.
Un ancien écrivain ayant arrêté d’écrire, nommé Ben Benjamin (incarné par Paul Rudd) à la vie tourmentée décide de devenir aide-soignant. Lors de son premier rendez-vous d’embauche il rencontre Trevor (joué par Craig Robberts), un adolescent paralysé à l’humour sans limites. Lorsque Ben rentre dans son jeu de provocation ce dernier est séduit et le choisi comme la nouvelle personne qui lui « torchera le derche », notamment. Ils vont alors construire ensemble une routine et une amitié, bien que cela ne soit pas recommandé dans la formation du soignant.
Un aide-soignant à la vie chaotique qui rencontre un jeune homme paralysé et entame avec lui une aventure puis une solide amitié n’est pas sans rappeler un célèbre film français avec Omar Sy. Ce film n’est néanmoins pas une copie d’Intouchables. Le désir de s’attacher à une relation amicale portée par un besoin de résilience est bien plus fort qu’une dimension sociale.
En effet, tout deux ont un besoin de résilience fort quant à leurs vies, l’un sait qu’il lui reste peu de temps à vivre, l’autre doit faire face à un deuil et une culpabilité immense. Le premier enjolive sa vie avec un humour sans bornes ce qui ne va pas perturber l’aide-soignant bien longtemps. Lorsqu’ils se retrouvent tout les deux pour la première fois Ben reste debout, il semble presque tourner en rond, ne sachant pas bien où se mettre. Trevor semble aussi lui tourner autour en fauteuil roulant, comme si l’adolescent analysait brièvement son nouveau compagnon du quotidien. La caméra appuie très fortement cette scène d’apprivoisement des deux hommes, en suivant Trevor. S’ensuit alors une multitude de situations comiques ou Trevor s’efforce de mettre celui qui l’aide en difficulté. Ce dernier va devoir lui courir après, apprendre à reconnaitre lorsque le jeune homme fait semblant d’avoir mal ou de s’étouffer. Au fur et à mesure on voit Ben s’adapter et ne plus notifier la comédie de son jeune patient. Des plans montrant ses gaufres, ses médicaments ou son verre de lait se remplissant apparaissent plusieurs fois entre toutes ces scènes, la répétition de ceux-ci indique clairement l’installation d’une routine. Une musique joyeuse ancre un peu plus ces scènes comme le début d’une routine, d’une amitié car Ben finit par rire de ces situations.
Cette amitié va néanmoins être mise à mal lorsque Ben va relever le courrier devant la maison de Trevor et sa mère (incarnée par Jennifer Ehle), alors qu’on le voit éviter le facteur chez lui dans la scène précédente. Le contraste de ces deux scènes appui le fait que Ben se réfugie dans son métier pour éviter le poids de sa vie. Il va donc rapporter une lettre à Trevor et découvrir que l’adolescent a une collection de lettres similaires qu’il n’a jamais ouverte, provenant de son père qui s’est enfuit lorsque le jeune paralysé s’est vu diagnostiqué. Cette découverte semble perturber le soignant. En effet des images d’enfant qui nous apparaissent volontairement anciennes, grâce aux couleurs saturées notamment, vont s’immiscer à des moments clés comme celui-ci.
À la suite de cette discorde Trevor va tenter de tendre un piège à Ben Benjamin en racontant à sa mère que celui-ci veut l’emmener en voyage alors que c’est à priori trop dangereux pour l’adolescent. Trevor se retrouve pris à son propre piège et les voilà parti tous les deux sur les routes américaines à la découverte des lieux touristiques saugrenus que le jeune homme avait listé sur une carte. Les plans du voyage reprennent les codes du road trip, avec de très larges plans de paysages ensoleillés, tout en rappelant aux spectateurs que Trevor, à cause de sa maladie court toujours un risque pour sa vie avec ce zoom sur une croix fleurie marquant un décès sur le bord de la route.
Interviennent alors durant ce road-trip deux protagonistes féminines. La première, Dot (interprétée par Selena Gomez) est une jeune auto-stoppeuse voulant rejoindre Denver pour commencer une école d’art. Elle est une sorte d’homonyme de Trevor par son humour tranchant et vulgaire, pareil au jeune homme. Ce personnage est un peu le cliché de la jolie fille rebelle, dans sa manière de se tenir, de fumer, de parler et de part son répondant toujours percutant. On perçoit dès son apparition qu’elle va servir à mettre en quelque sorte le personnage de Trevor en valeur en lui accordant de l’attention alors que « les belles filles comme elles ne s’intéressent pas aux jeunes hommes en fauteuil roulant ». Encore pire pour le deuxième personnage féminin, Peaches (personnifiée par Megan Ferguson) une jeune femme enceinte, en panne au bord de la route, sauvée par Ben Benjamin qui décide, avec Trevor, de l’emmener jusque chez sa mère. Ce personnage parait niais et peu profond, elle ne sert qu’à faire ressortir l’histoire personnelle de Ben Benjamin grâce au fait qu’elle soit enceinte. Néanmoins le jeu de Megan Ferguson, bien qu’elle apparaisse peu, est juste. Dommage que les deux personnages féminins principaux ne soient pas plus approfondis. D’autant plus que les femmes, en général, sont souvent objectifiées et sexualisées par l’humour lourd de Trevor par des propos sexuels quasi-violents.
Les lumières et les couleurs de ce film semblent lissées, non pas ternes mais un filtre palissant l’atmosphère, semble avoir été apposé sur la caméra, les couleurs ne détonnent pas. Un filtre certes visuel mais qui fait penser à une chanson heureuse, une ambiance chaleureuse, une lumière de «feel good movie» en somme.
Les couleurs bien qu’elles soient toutes assez lisses changent au fil du film. En effet au début du film, l’intérieur de la maison de Trevor et même les plans extérieurs sont plutôt de couleur froide tandis que lorsque le road trip débute les chambres d’hôtel et même les paysages sont plutôt de couleur chaude. Ce qui dépeint l’évolution du moral et l’épanouissement des deux protagonistes.
Dans la globalité on passe un bon moment devant ce film qui nous fait quand même bien rire grâce à l’auto-dérision dont font preuve les personnages et aux jeux globalement justes de tous.tes les acteur.ices. On peut malgré tout interroger la légitimité de l’acteur Craig Roberts à incarner un personnage handicapé étant lui-même valide ainsi que l’équipe scénaristique qui a écrit ce rôle. Je n’ai néanmoins rien trouvé d’écrit de la part de personne concerné.e sur internet à ce propos.
Zoé T02