Des révélations, une situation familiale instable, une réunion funéraire : je vous le donne dans le mille, c'est bien un drame. Blackbird est la toute dernière réalisation par Roger Michell (un certain Coup de foudre à Nothing Hill vous rappelle sûrement quelque chose) en 2020 est le petit jumeau américain du film danois Stille hjerte de Bille August paru en 2014.
Pour la faire courte, Lily (Susan Sarandon), atteinte d'une maladie dégénérative et son mari Paul (Sam Neill) organisent un week-end chez eux avec leurs proches. Sentant sa vie lui échapper et souhaitant ne pas être un fardeau pour les siens, Lily convainc Paul de l'aider à accomplir son projet de suicide assisté qu'elle tient à achever d'ici la fin du week-end. Après en avoir informé tous ses proches et avoir eu leur approbation: la fille aînée, Jennifer (Kate Winslet) ainsi que son époux, Michael (Rainn Wilson) et leur fils, Jonathan (Anson Boon) , la cadette, Anna ( Mia Wasikowska) et sa compagne, Chris (Bex Taylor-Klaus) et enfin la plus vieille amie de Lily, Elizabeth ( Lindsay Duncan). Evidemment tout le monde ne partage pas la décision de Lily et de nombreuses confidences, querelles, secrets, vont paraître au grand jour. Ce qui s'annonçait être un week-end d'adieux s'avère être finalement une rude épreuve mettant à vif les liens mutuels des membres de la famille.
Le film cherche un peu trop à tirer les larmes et n'approfondit pas assez le thème de l'euthanasie ainsi que celui de la psychologie d'Anna. Les propos du réalisateur ne les mettent pas assez en évidence et il y a, à mon sens, un certain manque certain de clarté, ce qui peut laisser penser qu'il ne maîtrise pas le sujet. Il est vrai que la démarche scénaristique de Roger Michell est assez confuse, relevant d'un manque d'approfondissement, ce qui expliquerait une mise en scène trop suggestive qu'on anticipe. Le cliché d'un film type '' réunion à la Festen" se fait bien suffisamment ressentir dans la mesure où le déroulement est prévisible et l'insistance, la lourdeur des blagues de trop par-ci par-là nous décrochent et nous gavent plus qu'autre chose comme certaines des blagues de Lily au sujet de sa mort prochaine histoire de digérer et d'adoucir ce que le film nous bombarde.
Mais y avait-t-il vraiment une échappatoire au cliché pour ce genre de film ? On ne peut jeter la pierre aux scénaristes qui ont su tant bien que mal proposer une réalisation juste. Celle-ci en appelle à un réel savoir faire et à une considération particulière au propos. Il faut davantage se concentrer sur la beauté de l'image et du son où il y a une volonté de bien faire (les scénographes s'y sont particulièrement penchés). Des plans somptueux à la colométrie exquise et une bande sonore délicate (avec ses quelques mélodies de piano) et sinistre (avec ses violons stridents) avec entre autre du Bach et la reprise de "Tonight you belong to me" de Patience and Prudence rappelant toujours plus la consumation progressive de Lily dans un contraste entre liberté ( représentée par la musique paisible) et emprisonnement dans un corps qui nous lâche ( représentée par la musique désaccordée) . Avec de l'oeil, on peut même remarquer que les tableaux présents dans la maison possèdent tous une signification particulière lié implicitement à l'intrigue pouvant concerner les personnages, leurs émotions, ressenti, déroulé de l'histoire, éléments clés, etc. Les décors sont assez simples et élégants, ils n'en font pas trop et restent discrets comme le caractère du film. Les plans sont non seulement spectaculaires mais tout autant immersif dans l'atmosphère libre, serein, flottant que ça soit dans la vaste résidence en marge de l'activité humaine, la mer à marée basse se perdant jusque dans l'horizon, les forêts imposantes ou tout simplement la plage. Par cette technique de réalisation, on se sent plus comme un membre de la famille confrontée à un choix cornélien.
Quand bien même les faux pas, les personnages/acteurs constituent tous un pilier dans l'équilibre de Blackbird. Susan Sarandon incarne parfaitement le rôle de Lily, sans filtre avec son authenticité et sa sincérité habituelle, pour qui l'euthanasie est une de ses plus belles causes. Dans son rôle de mère bienfaisante oeuvrant pour le bonheur et l'épanouissement de toute la famille, Susan Sarandon est magnifique et désarmante. Voir ce Sam Neiil aimant et terrorisé autrement qu'une sale ordure dans Peaky Blinders ou comme aventurier intrépide dans Jurassic Park fonctionne complètement, ça le rend d'autant plus touchant et attachant. L'abîme et la bombe à retardement que représente Mia Wasikowska est au combien surprenante et maîtrisée pour un rôle qui exige une énergie et représente un défi de taille. L'acteur phare de The Office, Rainn Wilson ajoute ce qu'on attend dans un drame : un personnage à demi couillon et maladroit qui arrive tout compte fait à nous toucher et à ne pas simplement se contenter d'être source de blagues. M'enfin un personnage n'est pas coûte que coûte plus capital qu'un autre car ici c'est avec un juste dosage et un casting d'amour que nos protagonistes se partagent la part du gâteau et portent le film.
Il est vrai que Blackbird n'est pas une révolution qui marquera les esprits, n'offrant pas un tout nouveau classique et ne cassant aucun code; du moins il n'en reste pas moins une chouette surprise . Ok il y a des défauts on le conçoit, d'ailleurs le film duquel s'inspire Blackbird est il exempt d'erreurs ? Sincèrement je ne crois pas. Blackbird est très encré dans le réel et suit une ligne directrice : on connaît pertinemment l'issu du dénouement après le climax du film qui éclaircit les dernières zones d'ombre au lieu de nous laisser gamberger seul; le film est honnête. Oui le film est honnête, il propose avec un rythme lent et précis, de partager avec une famille des moments de confidence et d'intimité dans le plus infime détail pour que nous, spectateur, puissions profiter, à l'instar d'un membre de la famille, d'une époque oubliée depuis plus d'un an. Oubliez ces temps difficiles sans interaction au cours d'un film qui met en scène ce qui s'apparente être la dernière fête familiale pour le meilleur comme pour le pire. Vous rappelant que vous aussi vous avez une famille et que prendre des nouvelles régulières des proches (que ça soit un petit appel à mamie ,ou sinon, un apéro-zoom) n'est pas si terrible.
Brunel Alexandre Term02
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