« Si le vent tombe » est un film qui dit énormément sans raconter grand chose. Ce long-métrage de 100 minutes, réalisé par Nora Martirosyan et sorti en 2020, met en scène un auditeur international du nom de Alain qui se rend dans le Haut-Karabagh afin d’expertiser la possibilité d’ouverture de son aéroport. Il y rencontre le responsable de l’aéroport, une journaliste et un enfant mystérieux qui transporte des bidons d’eau potable. Ces personnages le happent petit à petit dans cette communauté littéralement coupée du monde et oubliée de tous. Ce qui pour lui n’était qu’une autre mission dans un autre pays en développement se révèle être pour les locaux une promesse d’un futur meilleur. Tout tourne autour de l’aéroport. Bâtiment vide, bâtiment silencieux. Pourtant, ce n’est pas qu’une histoire de bâtiment. C’est une histoire d’espoir, de désespoir, de guerre, de misère, de persévérance et d’optimisme. C’est l’histoire d’un pays qui veut s’émanciper et d’une population qui veut exister.
Dans ce film, l’image et le son communiquent à la place des dialogues. De longs plans fixes d’ensemble et une bande son planante nous plongent directement dans la situation géopolitique de cet État: un territoire immobile, qui attend.
Par ailleurs, les personnages deviennent des allégories à leur tour. Alain, homme français, issu d’un pays développé, vient au nom de la communauté internationale. Il est accompagné de plans plutôt fixes et aux couleurs froides. L’enfant arménien, issu d’un pays en développement, survie en vendant de l’eau potable. Il est représenté dans beaucoup de travellings, avec à l’image des tons plus chaud, étant toujours en cavale et plein de vie. Alain paraît presque comme une figure paternelle pour l’enfant, désireux d’avoir un père, mais le père ne désirant pas l’enfant. Cet abandon parental se transpose sur l’abandon que subit le Haut-Karabagh de la part de la communauté internationale.
Enfin, cette œuvre se définit par ses suggestions et ses métaphores et non par son synopsis simpliste en apparence. Ainsi, elle relève d’une expression artistique maîtrisée et singulière qui relate d’une réalité humaine. De plus, elle touche par son authenticité et donne le coup de grâce avec une scène finale qui mélange douceur et amertume.
En bref, un film à voir absolument.
Lana Ratjen
/image%2F0198838%2F20211109%2Fob_298c9b_6841b60e-c5b4-4df1-8b98-357722bc5952.jpeg)