Everything,
Everywhere,
All at once.
Ou l’art de tout montrer d’un film :
Everything, Everywhere, All at once est un film réalisé par les frères Kwan et Scheinert Daniel, il sort en salle en 2022. On y suit le quotidien monotone et ennuyeux d’une femme asiatique quarantenaire, Evelyn, au bord du divorce avec son mari Waymond, en conflit avec sa fille Joy dont l’homosexualité la dérange, en bref, spectatrice de cette triste vie qu’est la sienne. Cependant, tout change pour cette dernière quand elle apprend qu’elle pourrait bien être le dernier espoir du multivers, un ensemble d’univers qui composent la réalité, à chaque choix effectué par un individu unique, une nouvelle branche s’ajoute au grand arbre qu’est le multivers, ainsi toutes les possibilités que représente un être humain existent au sein du multivers. C’est là que le personnage de Evelyn prend tout son sens, elle est une femme ordinaire, n’ayant jamais rien accompli de sa vie, son potentiel dans le multivers est donc infini, comme si le fruit de sa passivité se retrouvait concentré en un seul et unique être et non plus dans une multitude d’univers. A compter de ce point narratif, le film accomplit le tour de force qu’est celui de révolutionner le film d’action, car aucun long métrage n’aura aussi bien porté son nom que ce dernier, il est tout à la fois, en tout lieu, à tout instant. Si le film part dans toutes les directions, tout est néanmoins à sa place, pas un seul élément de cette intrigue tentaculaire, de cette exploration des possibles mélangeant idées novatrices, drôles, émouvantes et permettant plusieurs niveaux de lecture, n’est pas là où il devrait être ou ne fait pas sens, ce film est une ode à la vie, à la gentillesse et à l’ouverture d’esprit, effectuant un magnifique pied de nez au nihilisme et à ses adeptes, il prend le parti de tout nous montrer, à chaque instant, en chaque lieu et y arrive avec brio. De plus, d’un point de vue purement technique, le film est une réussite monumentale, un jeu d’acteur bluffant, notamment de la part de Michelle Yeoh qui effectue ici son retour sur le grand écran. Une bande son splendide, grandiloquente, qui s’allie parfaitement à une image soignée et aux chorégraphies martiales parfaitement réussites auxquelles nous pouvons assister au long du film. D’un point de vue des inspirations cinématographiques, on peut noter de nombreuses références à la trilogie Matrix parfaitement justifiées pour un film d’action traitant de sujets similaires ainsi qu’une ressemblance avec les films de l’univers cinématographique Marvel, et notamment à l’une des plus récentes sorties des studios Marvel : Docteur Strange dans le Multivers de la folie un film réalisé par Sam Raimi, un réalisateur dont s’inspire beaucoup les frères Daniel, cependant, si les deux films traitent de façon différentes de multivers, je pense qu’il est possible d’affirmer que les élèves ont, dans ce domaine, dépassé le maître, en effet, les frères Daniel prennent le parti pris de laisser libre cours à leur imagination débordante, chose de plus en plus rare dans ce genre de film, puisque nous ne faisons pas qu’apercevoir l’intrigue, nous l’observons, nous la vivons, la touchons presque du bout des doigts, les yeux grands ouverts, et ce dans son entièreté, en tout point, en tout instant.