Un hommage cinématographique
Un portrait d’une des plus grandes femmes du XXeme siècle. Politicienne, magistrate, militante, auteure et icône d’un combat humanitaire encore d'actualité, Simone Veil prend son destin en main, bouleversant toute son époque. Simone, le voyage du siècle est un long métrage de Olivier Dahan sorti en 2022.
L’enjeu pour ce portrait est de retracer son parcours d’une densité monumentale, de rappeler son dévouement pour la cause féminine ou encore son combat pour les malades atteints du SIDA. Pour autant, Olivier Dahan réduit son film au traumatisme qu’est son enfance dans les camps de concentration. Son autobiographie, mise en images, tourne essentiellement autour de ce terrible passé qu’elle essaie temps bien que mal de raconter dans un livre et aux journalistes. Ce sont ces images qui restent gravées dans nos esprits pour ce long métrage. Déstabilisantes, émouvantes, terrifiantes, elles réussissent à toucher toutes générations.
Les premiers moments sont d’une force remarquable. Au cœur de l’Assemblée nationale, le projet de loi pour l’avortement de Simone est mis à dure épreuve par les ministres. Alternant les gros plans dans un vacarme de protestations et de discours, Simone reste silencieuse. La puissance qui en ressort permet de comprendre l’enjeu de cet évènement.
C’est alors que nous plongeons dans son tragique passé, passant de sa déportation à sa vie dans les camps. Simone (Rebecca Marder) a alors 17 ans lorsqu’elle se fait déporter avec toute sa famille. Le trajet pour la mineure, sa sœur (Judith Chemla) et sa mère (Élodie Bouchez) est déjà une épreuve, comme pour tous les déportés présents dans le même wagon. Une ambiance palpable est accentuée par les plans rapprochés sur ces trois femmes donnant l’impression de vivre ce moment avec elles. A la sortie du train, les plans d’ensemble parviennent à dépeindre la climat tendu et surveillé jusqu’à l’entrée du camp de la mort. C’est avec les regards et les paroles que l’on réalise que chaque personne présente sur ce chemin est vivante pour le moment.
C’est dans des conditions misérables que Simone se voit forcée à travailler dans ce camp. Pour tenter de sauver sa mère elle risquera sa vie. L’atrocité qu’est cet emprisonnement se perçoit par des scènes crues qui mettent en avant des hommes, femmes et enfants en piteux état, sur leur lit de mort. On saisit alors que le réalisateur a choisi d'amplifier cette jeunesse terrifiante pour concevoir ce traumatisme et ainsi mieux comprendre ce personnage.
Ainsi, l’écriture de son histoire dans un journal est une façon d’extérioriser son passé et d’enfin pouvoir vivre avec. C’est avec les images de sa jeunesse que se confirme l’idée dans laquelle le partage de son histoire très forte se fait de manière très calme. En effet, les plans sombres et bruyants du camp sont en contraste avec ceux paisibles et clairs du moment où elle écrit son vécu.
Lors d'une inauguration après une remarque du maire, Simone raconte une part de son enfance terrifiante de manière détachée. C’est cet événement qui entraîne le dévoilement au grand jour de l’une des parties de sa vie qui avant n’était que rarement abordée, même avec son mari (Olivier Gourmet). Le point de vue de ce dernier est différent de celui de sa femme. Pour lui, il faudrait étouffer ce passé, l’opposé de ce que souhaite Simone. Deux caractères bien distincts qui réussissent malgré cette différence à accepter l’autre.
Pour le personnage de Simone, Rebecca Marder incarne à la perfection le rôle de cette figure dans sa jeunesse. Le regard perçant de cette actrice parvient à transmettre sa détermination et ses ambitions, sans parler de son jeu d’acteur qui révèle son talent et son expérience. Le rôle de Simone adulte a été attribué à Elsa Zylberstein, un choix pertinent étant donné la ressemblance frappante avec celle-ci qui donne une part de réalisme, mais aussi la prestance et le charisme que dégage cette actrice en l’incarnant. En ce qui concerne Élodie Bouchez qui joue le personnage de la mère, elle arrive à susciter la pitié des spectateurs par sa condition, une très belle interprétation.
On pourrait croire que les musiques mélodramatiques en fond seraient un poids écrasant mais il n’en est rien, ils viennent appuyer les propos de Simone en voix off, leur donnant ainsi plus de force et d’émotions.
Un film qui reflète la force de cette figure du XXème siècle. Une histoire à couper le souffle d'une femme hors du commun. Deux heures vingt qui vous laissera sidérés, incapable de prononcer le moindre mot en se retrouvant devant l'écran noir.
DENIGER Emeline T°3
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