Un long-métrage clamant la diversité au cœur de la danse classique. Neneh, une jeune fille noire de 12 ans, participe à un concours pour entrer à l’école de l’opéra de danse de Paris, pour réaliser son rêve de devenir une danseuse étoile. On assiste aux débats entre les différents gérants et professeurs quand à son admission, et Neneh est finalement prise dans cette école renommée, en internat. Ce qui n’était pas gagné, car malgré son talent pour la danse évident, elle se heurte à son insu au racisme de certains des protagonistes dirigeant l’Opéra, pendant leur réunion, voulant perpétuer un ballet blanc, uniforme pour des raisons « esthétiques ». Neneh va faire face au rejet de certaines de ses camarades, et à leur violence notamment dans les vestiaires, ou les adultes ne sont pas présents. Le réalisateur, présent en début de séance, nous expliqua que le casting du rôle principal a été extrêmement difficile, à cause de l’absence de représentation noire dans le milieu, et ce n’est qu’à 1 semaine du tournage qu’ils ont finalement trouvé Oumy Bruni Garrel, par le biais d’une autre des jeunes actrices, qui était dans la même classe qu’elle. On peut donc mieux comprendre le fait que son jeu soit parfois moins naturel. (S’ajoute à ça son jeune âge.) L’une des professeures qui s’opposa à l’admission de Neneh, Marianne, se montre particulièrement dure et injuste avec Neneh, et on se sent révolté devant tant de différence de traitement. Le casting est très bien réussi, les acteurs et actrices rentrant parfaitement dans leur rôle, que ce soit pour les parents de Neneh, attachants et réalistes, ou pour la dureté de la professeure, Marianne, renforcée par son chignon parfait, ses yeux bleus glaçants et ses traits fins accentués par le maquillage. Je trouve le travail des costumiers/maquilleurs sur ce personnage particulièrement intéressant, affublée de talons ou de chaussures serrées, de tailleurs stricts, de longues boucles d’oreilles dorées ou d’un rouge à lèvres pourpre, ce qui renforce l’aura menaçante malgré le chic certain de son personnage. Cependant, son revirement soudain avant le dénouement du film est pour moi peu réaliste, car elle passe de l’affreuse méchante à la parfaite gentille de façon trop brusque pour être plausible. Cette rupture est illustrée par sa chute contre une vitre, qui explose en même temps que sa façade stricte, et son masque de rigidité se brise pour laisser place à cette nouvelle Marianne, marquée par sa cicatrice sur le visage, qui va cette fois ci aider Neneh, en la convaincant de s’accrocher à son rêve avec une proximité étonnante. Ce personnage est donc très intéressant, mais Neneh n’est pas en reste. Elle rayonne à l’image, ses mimiques faciales sont hilarantes et on a juste envie de la rejoindre pour courir avec elle. Les scènes de danse reflètent ses émotions et une aura s’en dégage, reflétant à la fois sa facette musique classique (« le lac des cygnes » de Tchaïkovski) et le style ballet qui va avec, et la musique mélangeant rap et pop (« BB compte » de Meryl, Akiyo), collant à sa danse hip-hop déchaînée. Le contraste entre ces deux styles de danse nous rappelle « En corps » de Cédric Klapisch, (danse classique/contemporaine) dont on sent les inspirations pour les couleurs vives qui mettent en relief les corps dans les scènes de mouvement de Neneh. Les cadreurs ont fait un travail formidable, et je pense notamment aux scènes dans les salles de l’Opéra, pourvues de larges miroirs de tous côtés, ou l’équipe se fait si invisible que l’on se sent vraiment dans la pièce avec les autres personnages. Une réplique m’a également marquée, celle du père à sa fille au moment où elle avoue à celui-ci qu’elle aurait souhaitée naître blanche « comme tout le monde » : « Sois courageuse dans ta souffrance ma fille […] tu n’en as pas marre d’être noire, tu en as juste de marre de la façon dont les noirs sont traités en France », qui reflète bien la ligne directrice du film.
Ce long-métrage peut paraître enfantin au premier abord, mais il est bien plus profond que ça, rempli de liberté de vivre, vous en sortirez avec une frénétique envie de danser.
Yvonne Lupovici
1°4