La nuit du 12 : une enquête complexe à travers les vices des hommes
La nuit du 12 est un film où l’on suit à travers des yeux de policier troublants de réalisme l’enquête sur le meurtre d’une jeune femme. De façon incroyablement touchante, ces faits réels nous sont relatés chronologiquement et on vit une expérience de spectateur réellement intense, projeté dans la peau de ce jeune policier, Yohan, auquel on s’identifie plus fortement que jamais. La nuit du 12 octobre 2016, Clara rentre chez elle après une soirée entre amies. Sur la route, un homme l’asperge d’essence avant de lui mettre feu. Tout, dans les choix d’image et de son, vont contribuer à rendre ce début de film transperçant pour les quelques spectateurs présents à la Turbine ce soir-là, assis sur nos fauteuils de cinéma soudain oppressants devant l’image de Clara en feu. La musique, s’immisçant discrètement avant d’éclater d’émotion, a soutenu les scènes pleines de sens tout le long du film avec talent. De même, la prouesse technique d’avoir filmé une cascadeuse en feu mérite le coup d’œil, ainsi que le casting très pertinent avec par exemple Bastien Bouillon dans le rôle principal ou encore Bouli Lanners, vieux policier rongé par ce métier. Le travail sur les lumières aide beaucoup à instaurer l’ambiance et à véritablement asseoir les personnalités des différents acteurs. Dominik Moll, le réalisateur, dénonce le manque de moyen dans la police avec le motif de l’imprimante en manque constant d’encre qui revient plusieurs fois. Conséquence cette fois plus grave, à maintes reprises, l’équipe de policiers reste bloquée à un point dans l’enquête faute de budget suffisant. D’après moi, un autre vide se fait ressentir : celui d’une cellule psychologique pour les fonctionnaires, puisque Yohan, suite à la vue du cadavre de Clara et l’annonce de sa mort à sa mère, n’a accès à aucune aide et doit faire face à sa douleur seul. La mort de Clara non-résolue va continuer à le torturer longtemps au long de sa carrière, à tourner en boucle dans sa conscience. Cette obsession va être imagée par le vélodrome circulaire ou Yohan s’entraine très souvent : il fixe la caméra, regardant droit devant lui, et pédale vite comme s’il suivait l’image, comme s’il cherchait à atteindre le spectateur. Également, la question du sexisme est omniprésente car à travers la recherche du pourquoi Clara a été tuée, on comprend que le motif du meurtrier n’est certainement rien d’autre que le fait que Clara soit… une femme.
Un film très poignant où il est nécessaire d’être bien accroché aux accoudoirs de son fauteuil. Certainement dans mon top 3.
Yvonne Lupovici 1°4