Killers of the Flower Moon
Pour son vingt-septième film, Martin Scorsese réunit ses deux acteurs fétiches pour une nouveau chef d’œuvre.
Killers of the Flower Moon est un film de Martin Scorsese, sorti en salle le 18 octobre 2023, basé sur le livre du même nom de David Grann, de 2017. Tiré d’une histoire vraie, l’action se déroule dans les années 1920, lorsque des membres de la tribu amérindienne des Osages dans le comté d’Osage en Oklahoma, sont retrouvés assassinés en nombre après avoir trouvé du pétrole sur leurs terres. Un jeune vétéran de la première Guerre Mondiale, Ernest Burkhart (Leonardo DiCaprio) arrive en Oklahoma dans la ville de Fairfax, et s’installe chez son oncle, William Hale (Robert De Niro) dit « King ». Ce dernier propose à son neveu de travailler ici en tant que chauffeur de taxi, très empruntés par les Osages. Étant les propriétaires exclusifs de leurs réserves de pétrole, ils attirent beaucoup les prospecteurs blancs. Il arrivait souvent de retrouver des Osages morts chez eux mais aucune enquête n’est jamais menée. Un jour pendant son service, Ernest fait la connaissance de Mollie (Lily Gladstone), une Osage diabétique, qui lui plaît beaucoup. Commence alors une histoire d’amour entre les deux personnages à laquelle s’ajoute tous les complots et les mensonges contres la tribu de Mollie.
Le personnage d’Ernest est pour ma part, un homme très touchant. Il est très attaché à sa famille avec laquelle il aimerait juste vivre sa vie. Au sein de celle-ci, il y a évidemment son oncle, auquel Ernest accorde beaucoup d’importance. Il le voit comme quelqu’un de très intelligent et attentionné alors il lui obéit. Mais Ernest, un personnage plutôt naïf, ne se rend pas compte du véritable visage de William Hale. Avec une grande performance d’acteur, Robert De Niro incarne un personnage menteur et manipulateur. Tout le long du film, il mène tout le monde, y compris Ernest, pour arriver un son seul but : posséder l’or noir des Osages. L’oncle est présenté comme le meneur de la ville de Fairfax, d’où le fait qu’il se fasse appeler « King ». Les habitants lui font confiance et lui remettent toutes prises de décision. King a alors la possibilité de les manipuler et de leur mentir à son propre compte. Sa particularité est qu’il menace très rarement les autres, il va plutôt les influencer et les pousser à faire ce qu’il veut. Par exemple, il guide beaucoup les actions d’Ernest pour l’amener à épouser une Osage. À peine est-il arrivé à Fairfax que King lui demande s’il aime les femmes. William s’occupe de son neveu comme s’il était encore un enfant. Une scène illustre bien la supériorité de King sur Ernest : ce dernier n’ayant pas obéis correctement à son oncle se voit frapper violemment par celui-ci, comme il se prenait une fesser. Mais King le persuade que ce qu’il fait est pour son bien.
Mollie et sa famille sont aussi des personnages intéressants ; Mollie finit par tomber amoureuse d’Ernest, alors qu’elle le regardait d’un mauvais œil au début, et ne se méfie jamais des actions de son mari. Sa mère n’a jamais approuvé l’idée que ses filles épousent des hommes blancs parce qu’elle était persuadée qu’ils ne s’intéressaient à elles que pour leur argent. Même si elle n’est pas la plus courtoise ni la plus aimable, elle avait eu raison de se méfier d’eux. Une des sœurs de Mollie est retrouvée morte empoisonnée après avoir épousée un homme blanc. Anna, une autre sœur de Mollie, refuse d’épouser le premier venu et se revendique comme une femme libre et indépendante. Mais ce comportement dérange certaines personnes, notamment les hommes. Elle aime s’amuser et prend parfois des libertés avec les hommes, comme eux feraient avec les femmes, mais à elle on le lui reproche.
Je trouve qu’on a presque une dimension féministe dans ce film puisque les femmes sont réduites à juste devoir choisir leur mari et à élever leurs enfants si elles ont la chance de ne pas être assassinées. Aucune place n’est laissée à l’amour, tout est une question d’argent. Même si la condition de la femme a beaucoup changé à notre époque, le rapport à l’argent pour certains est toujours identique. La question du pétrole est un sujet sensible parce qu’on a aujourd’hui des guerres entre les pays. À travers le film de Martin Scorsese, on voit « seulement » le conflit que crée l’or noir à l’échelle d’une ville. La manipulation des gens considérés comme inférieurs est aussi au cœur du film avec le personnage de King : autant dans les années 20 qu’aujourd’hui, certaines personnes en utilisent d’autres plus ignorantes pour parvenir à leurs fins. Enfin, la confiance a aussi une place importante dans le film : à qui peut on faire confiance ? Ernest, comme Mollie et la plupart des gens ont confiance en leur famille. Pourtant, à travers ce film, on se rend compte que dans cette ville, n’importe qui peut surgir dans votre vie et se prétendre votre ami et vous lâchez quand vous ne lui seriez plus d’aucuns bénéfices. Ernest est trahi par son propre oncle.
Je finirais par le réalisme des décors et des costumes qui nous plongent dans l’ambiance des années 20. Les plans sont parfois vraiment esthétiques avec une lumière orangée qui crée l’atmosphère typique des western : la ville plutôt aride, les chapeaux et les chemises de cow-boys, les tissus amérindiens traditionnels, les bars… La musique participe elle pour nous rendre nerveux. Elle devient pesante et anxiogène ce qui nous met dans un sentiment d’insécurité, on ne sait pas vraiment ce qui va se passer, puis parfois on a une absence totale de musique. Elle accentue aussi les sentiments des personnages.
Avec un jeu d’acteur aussi irréprochable, des personnages saisissants, une histoire bouleversante, une musique et des décors poignants, Martin Scorsese signe un nouveau coup fort. Même s’il peut paraître long avec ses trois heures trente, il est difficile de ne rien y laisser paraître. La diversité des personnages, le contexte historique ou même les questions techniques de ce long métrage son matière à discussion.
-Lelizour Cloé-
/image%2F0198838%2F20231117%2Fob_8ce87a_img-7068.jpeg)
