CRITIQUE DU FILM « Second Tour » d'Albert Dupontel
Un grand coup de cœur pour cette comédie dramatique abracadabrantesque d'Albert Dupontel qui vous laisse sans voix. Second tour est le huitième long-métrage d’Albert Dupontel, le réalisateur touche ici à la grâce. Il nous épate encore avec ce nouveau film de 2023 , poignant sur le plan politique, écologique et humoristique !Après avoir vu son film « Adieu les Cons », je viens chercher chez lui une ambiance particulière, une atmosphère générale, rythmée et le petit décalage d’univers qui n’appartient qu’à Dupontel.
Ici, il raconte la difficulté de s’aimer dans un monde dépressif et anxiogène.
Journaliste politique en disgrâce placée à la rubrique football, Mlle Pove (Cécile de France) est sollicitée pour suivre l’entre-deux tours de la campagne présidentielle. Le favori est Pierre-Henry Mercier (Albert Dupontel), héritier d'une puissante famille française et novice en politique. Troublée par ce candidat qu'elle a connu moins lisse, Mlle Pove se lance dans une enquête aussi étonnante que jubilatoire.
Second tour est un grand moment de cinéma, une jubilation permanente, c’est profond, humain, intelligent, révolutionnaire. C’est un film écologiste, sans jamais être dans la reproche. C'est vraiment un scénario très bien construit avec de l'intrigue, j'ai adoré l'idée de l’histoire des jumeaux qui était surprenante pour le spectateur. C'est vraiment un de ces talents remarquables, celui de toujours réussir à glisser divers sujets importants, de traiter de la « connerie » humaine car cela le débecte.Mais il glisse aussi finement une romance assez universelle, et là aussi sans lourdeur, ou sans avoir à le faire par nécessité. Elle est comme tout le reste, évidemment naturelle.
Un trio d'acteur intrigant et incontournable est admirablement joué par Dupontel, De France et Marié. Le sérieux de Dupontel et son jeu facial fascinant de nous dire tant de choses sans parler vaut à lui seul le déplacement. Particulièrement les deux journalistes, avec le phrasé époustouflant d'une Cécile De France remarquable dans son rôle et Nicolas Marié, qui lui aussi dans Adieu les cons, nous avait tant séduit dans son décalage. Ici, il est toujours aussi juste, dans un rôle écrit sur mesure, afin qu’il donne la pleine mesure d’un talent qui ici rayonne. Il nous fait toujours autant marrer, tout en nous touchant l’air de rien en plein cœur. Donc un super bon choix d'un casting brillant de la part de ce réalisateur comme toujours, qui savent joué un moment touchant et drôle à la perfection.
Le film n’oublie pas pour autant de porter un regard fort sur le système médiatique et les terrifiants enjeux du pouvoir politique lors d'une campagne électorale. Le cinéaste malin, engagé et tellement créatif, parvient avec agilité à contourner les codes du classique du cinéma. La mise en scène s’inscrit dans le plus pur style de l’univers de Dupontel. La folie et l’absurdité burlesque de tant de situations qui nous amène sur les chemins de l'humour, car chaque séquence explose dans tous les sens, mais se relie à la fin très logiquement.
Le réalisateur n’est pas fan de l’univers de la bande dessinée par hasard. Avec cette splendeur formelle dans des jeux de couleurs sublimes un peu jaunis, voire poussiéreuses, avec le soleil et la nature magnifique, merveilleux toujours là, flamboie.
J'ai particulièrement aimé, la manière dont ces plans ont été réaliser comme par exemple ces plans rapprochés qui rendent les dialogues et interview très réaliste et également son travelling circulaire le patron s'adresse à la journaliste.
Je recommande ce film à tous ceux qui cherchent une expérience cinématographique unique avec la poésie d'un grand homme, le regard d'un grand réalisateur avec toujours le pas de côté à chaque étage de la participation au film, et un trio d’acteurs merveilleux...Dupontel président !!!
Romane Parisi T°4