Un grand coup de cœur pour « Pauvre Créature » le chef d’œuvre d'Yórgos Lánthimos. Je suis allée voir le film, car la photographie, les couleurs et le surréalisme, rappelant la folie de Tim Burton, que j’avais aperçu pendant la bande-annonce, avaient attisé ma curiosité. Ce film apporte véritablement une ambiance particulière, une atmosphère rythmée et un petit décalage d’univers.
Bella (Emma Stone) est une jeune femme ramenée à la vie par le brillant et peu orthodoxe Dr Godwin Baxter (Willem Dafoe). Sous sa protection, elle a soif d'apprendre. Avide de découvrir le monde dont elle ignore tout, elle s'enfuit avec Duncan Wedderburn (Marc Ruffalo), un avocat habile et débauché, et embarque pour une odyssée étourdissante à travers les continents. Imperméable aux préjugés de son époque, Bella est résolue à ne rien céder sur les principes d'égalité et de libération.
C'est vraiment un scénario impressionnant très bien construit avec de l'intrigue. Entre Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll et Frankenstein de Mary Shelley. L'héroïne semble être une espèce d'enfant brutale élevée par un savant indéchiffrable, au sens moral détruit par les expériences inhumaines que son propre père lui a fait subir. Le début du film est plutôt inquiétant, on se demande si l'on va passer deux heures et demie à subir un humour macabre suivi d’une musique embarrassante, stridente de violons qui tracasse. La folie et l’absurdité burlesque de tant de situations, nous amènent sur les chemins de l'humour, quand elle danse à Lisbonne, quand son mari est transformé en chèvre à la fin du film. Mais une absurdité que l’on retrouve dans les dialogue parfois philosophique, parfois si tranché.On retrouve un côté loufoque à travers des animaux deux en un par exemple avec le « coq-bulldog ». Ce qui étonne aussi, c'est la franchise des nombreuses séquences de sexe, montrant des échanges charnels avec un grand naturel. Pas de drap bien placé où il faut pour que l'on ne voie rien, pas d'ellipses pour ne pas que l'on soit choqué par le moindre bout de sein, avec une héroïne sans pudeur, sans honte.En somme, c'est une fable sur l'apprentissage de la vie à travers lequel on suit un point de vue qui ne manque jamais de relever les absurdités, les injustices et les hypocrisies de notre époque... Celle d'avant, mais aussi la nôtre... D’ailleurs, je n’ai pas trop aimé le fait que le personnage principal vit une crise existentielle face à des pauvres qui meurent, mais est insensible au sort de prostitués.
J'ai particulièrement aimé, la manière dont ces plans ont été réaliser comme par exemple la manière de filmer en rond grâce à la caméra fish-eye qui apporte une vidéosurveillance couvrant une zone plus grande qu'une caméra normale. En la fixant à un mur (ou au plafond), on peut ainsi filmer l'intégralité d'une pièce, ce qui offre des plans en grand-angle et rajoute un côté fou, étrange à ce film. Un autre point à souligner serait le passage du noir et blanc (plutôt sombres et tristes) rappelle la vision d’un bébé à sa naissance puis des couleurs magnifiques, très vives, joyeuses à partir du moment où elle perd sa virginité.
La mise en scène s’inscrit dans le plus pur style de l’univers avec un délire visuel constant. Bella représente au centre du film les différents tableaux de l'humanité étant comme des décors qui mettent en scène sa propre aventure psychique. Elle affronte bravement l’immoralité et devient un vrai personnage. Le passage des nouvelles explorations est montré par ces illustrations de l’ordre du merveilleux qui illustre les chapitres de son livre d’aventure. Ce monde dystopique qui nous happe avec ces décors imaginaires époustouflants dans un mélange futuriste et anciens, on est hors du temps dans un autre monde parallèle (surtout ceux illustrant Lisbonne et les voyages maritimes marquant aussi par leur grande diversité, des véhicules volants, des robes de dingue). Enfin, les costumes extravagants et hors du temps qui collaient parfaitement avec les différentes facettes du personnage.
Un excellent casting ! Et une touche particulière pour un rôle écrit sur mesure, afin qu’il donne la pleine mesure d’un talent qui ici rayonne, celui d’Emma Stone. Littéralement la meilleure actrice choisie pour interpréter ce personnage. Elle donne vie à une Bella Baxter tout à la fois fascinante, intrigante, naïve, émerveiller par le monde qui l’entoure, drôle, et même, parfois, repoussante. Puis, en cheminant à ses côtés, on en tombe amoureux ou pas, mais ce qui est sûr, c'est que l'on partage ses expériences et ce qu'elle en extrait révèle tant de choses sur l'expérience de l'être humain, qu'on peut en avoir le vertige…Je m'incline devant la plus grande interprétation de toute sa carrière.
Je recommande ce film à tous ceux qui cherchent une expérience cinématographique unique et nostalgie qui apporte une envie de liberté en sortant de la salle. Un grand film pas du tout conventionnel, riche, surprenant et inoubliable. Un véritable hymne à la liberté, au fait de casser les codes. On en sort en regrettant de quitter notre précieuse Bella !
Romane Parisi T°4