- This is a conclave, Aldo, it's not a war.
- It is a war ! And you have to commit to a side.
Conclave, réalisé par Edward Berger, est un film qui se distingue par son atmosphère tendue et son exploration des jeux de pouvoir dans un cadre clos et sacré : le Conclave. Adapté du roman de Robert Harris, le long métrage de 120 minutes nous plonge dans l’élection du pape, où des cardinaux du monde entier sont enfermés pour choisir un successeur au pontife décédé. À travers ce huis clos, Berger réussit à capturer les enjeux religieux, politiques et personnels de ce processus à la fois mystérieux et profondément humain.
Edward Berger, après son succès avec All Quiet on the Western Front aux nombreux prix, dont 4 Oscars, nous montre de nouveau son génie dans Conclave. Le film se caractérise par un super traitement visuel qui joue sur la lumière et les ombres, créant une tension constante. Les espaces clos du Vatican, avec leurs couloirs sombres, leurs salles de réunion imposantes et leurs autels majestueux, sont un personnage en soi. Le réalisateur sait parfaitement comment exploiter l’isolement du lieu, amplifiant ainsi l’intensité de chaque confrontation. Le décor est minutieusement détaillé, et la caméra capte des moments de lourd silence, qui renforcent la solitude des cardinaux. Les plans larges et les gros plans créent un contraste intéressant, entre l’immensité du Vatican et l’étroitesse de l’espace psychologique des personnages.
Le scénario du film se déroule quasiment tout le temps dans un espace clos, à l’intérieur du conclave, où les cardinaux sont piégés dans un cercle de discussions, de stratégie et de manipulations. Cet enfermement est un terrain propice aux jeux de pouvoir et aux intrigues, qui occupent une place importante tout au long du film. Le film met en lumière les rivalités internes, les alliances, mais aussi les doutes et les failles morales des différents personnages.
Cependant, bien que le scénario soit riche en tension, il souffre parfois de son propre rythme. L’intrigue, qui commence sur une note prometteuse, prend le temps d'installer son univers et ses personnages, mais l’action se fait parfois attendre. Certains pourraient ressentir une lenteur excessive dans la première moitié du film, qui, bien qu’essentielle pour poser les enjeux, peut perdre en fluidité.
L'adaptation de l'œuvre de Robert Harris, même si elle capte l’essence du roman, offre des moments qui semblent un peu trop centrés sur l’aspect politique et moral du conclave, parfois au détriment d'une exploration plus profonde des motivations personnelles de certains personnages. Le film aurait pu offrir davantage de complexité dans les relations, en creusant par exemple les dilemmes spirituels et religieux des cardinaux.
Les performances des acteurs, notamment Ralph Fiennes, John Lithgow et d'autres membres du casting, sont sans conteste l'un des points forts du film. Fiennes, dans le rôle du cardinal doyen Thomas Lawrence, fait preuve d’une grande subtilité. Il parvient à transmettre une tension palpable, marquée par une maîtrise totale de son personnage, qui est à la fois calculateur et tourmenté. Lithgow, quant à lui, incarne un cardinal sage, mais tout aussi astucieux, offrant une prestation marquante par sa sérénité apparente et son jeu de nuances.
Le film bénéficie donc d’un ensemble d’acteurs qui rendent justice à la richesse des personnages. Malgré cela, la complexité des motivations et des relations n'est pas toujours bien exploitée. Certaines figures restent relativement stéréotypées, ce qui empêche une immersion totale dans leurs dilemmes internes.
L’une des grandes forces du film réside dans les thématiques qu’il aborde. Conclave n’est pas seulement un thriller politique, mais aussi une réflexion sur le pouvoir, la foi, et les compromis moraux que chacun est prêt à faire pour atteindre ses objectifs. Le film soulève des questions sur l’authenticité de la foi, la manipulation des masses et la recherche du bien commun. Ces thèmes sont particulièrement pertinents dans le contexte actuel, où les institutions religieuses et politiques sont régulièrement remises en question.
En définitive, Conclave est un film captivant, mais pas totalement sans défauts. Edward Berger réussit à créer une atmosphère dense et à diriger des acteurs exceptionnels, mais le film souffre parfois de lenteurs et d'une exploration superficielle de certains aspects psychologiques. C'est un thriller politique intelligent et bien réalisé, mais qui n'atteint pas toujours la profondeur et la complexité que son cadre et ses thèmes pourraient offrir. Conclave est néanmoins une œuvre solide et intrigante.
Anais Le Nivet Birkel
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