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Blog des élèves de cinéma du lycée Baudelaire de Cran-Gevrier


Yoroï

Publié par les élèves du lycée Baudelaire sur 25 Novembre 2025, 21:35pm

Yoroï se présente comme un simple film d’action et d’humour, mais derrière son apparence légère se cache une véritable morale, bien plus profonde qu’il n’y paraît.

En effet, à travers ce long métrage réalisé par David Tomaszewski, on suit l’histoire d’Aurélien, un alter ego très proche du rappeur Orelsan, et de sa compagne Nanako (Clara Choï), enceinte de leur premier enfant. Après une dernière tournée, le couple décide de s’installer dans la campagne japonaise, dans une maison traditionnelle qui cache une surprenante armure. Alors qu’Aurélien décide de l’essayer, des créatures surnaturelles commencent à apparaître chaque nuit : les Yökais. Le duo va devoir se battre et vaincre ces monstres, mais aussi les peurs d’Aurélien.

Une bonne partie de l’humour repose sur la différence entre Aurélien, qui ne connaît rien au Japon, et les codes culturels auxquels il se retrouve confronté. Le film s’amuse de ce décalage et crée des situations comiques très efficaces. Heureusement, Nanako complète parfaitement ce contraste en apportant le point de vue inverse, plus ancré dans la culture japonaise. De plus, la personnalité d’Orelsan est bien souvent en décalage avec la dangerosité que représentent les Yökais.

Ce film offre une profonde introspection de l’artiste Orelsan, en écho à son dernier long métrage Comment c’est loin, consacré au syndrome de la page blanche chez les artistes. Dans Yoroï, le rappeur nous dévoile ses plus grandes peurs à travers les Yökais, permettant au spectateur de se connecter pleinement avec l’artiste et d’en découvrir davantage sur lui. Les créatures sont cependant visuellement très simples et paraissent pour certaines légèrement mal réalisées.

Malgré tout, les scènes de combats peuvent s’avérer répétitives, même si le montage tente de les rendre dynamiques. Il ne se passe certes pas exactement la même chose à chaque fois, mais l’idée globale reste la même et longue : Aurélien et Nanako se battent, font des blagues et gagnent. Heureusement, ces scènes ne sont pas omniprésentes et ne définissent pas tout le film. L’idée de faire du Yökai le plus fort un alter ego maléfique d’Orelsan est brillante et change complètement la dynamique du film. On entre dans une ère bien plus sombre et sérieuse : le nombre de blagues diminue, et l’aspect profond du film augmente. C’est une excellente façon de révéler la plus grande peur de l’artiste : lui-même.

David Tomaszewski offre des dernières minutes qui montrent tout son savoir-faire en matière de clip, un style qu’il avait déjà démontré aux côtés d’Orelsan. L’ambiance est sombre et témoigne de toute la réflexion des deux scénaristes (Orelsan et David Tomaszewski). La scène finale apporte donc une conclusion visuellement forte, où l’émotion et le style prennent le dessus pour refermer le récit avec intensité.

Finalement, Yoroï est un film qui s’adapte aussi bien aux grands fans d’Orelsan qu’à ceux qui ne le connaissent pas. Bien qu’une grande partie de l’histoire soit centrée sur l’introspection de l’artiste, il n’est pas nécessaire de le connaître pour apprécier le film. Au contraire, il peut s’agir d’une excellente occasion de le découvrir à travers son univers, ses peurs et ses forces. Il y a peu de références propres à l’artiste qui nécessiteraient de le connaître pour les comprendre. Le film peut même être apprécié par quelqu’un qui n’aime pas particulièrement le style musical du rappeur : on retrouve dans le long métrage peu de chansons directement liées à sa discographie, les plus importantes étant présentes lors de la scène d’ouverture et du générique.

Voilà donc pourquoi Yoroï est une œuvre drôle et profondément touchante, qui permet de découvrir ou de redécouvrir l’artiste Orelsan.

Laurine Buillas

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