Un air de déjà vu ?
Steve Jobs, un biopic sur le génie éponyme, ou pour certains la continuité du film de David Fincher. En effet en 2010 sort son film The Social Network, biopic sur Mark Zuckerberg, fameux créateur du site facebook, avec dans le rôle principal Jesse Eisenberg (Insaisissables , American Ultra..). Comme scénariste, Aaron Sorkin; et oui le même que pour Steve Jobs ! Ceci expliquerait donc cette ressemblance narrative, d'autant plus que à l'origine, S.J aurait du être réalisé par Fincher lui même; seulement, il décide d'abandonner le projet et c'est donc Danny Boyle qui va reprendre la main. Pour le scénario, Sorkin s'inspire de la biographie de l'informaticien écrite à sa demande par son collaborateur Walter Isaacson en 2011, cependant il précise : "Mon adaptation est ma propre interprétation d’un homme complexe et de ses relations avec ses proches."
C'est le troisième film sur sa vie, auparavant nous pouvons trouver Jobs de Joshua Michael Stern sortie en 2013 et un documentaire par Alex Gibney en 2015 : Steve Jobs, The Man in the Machine. Alors pourquoi encore un ? Comment le film peut-il encore apporter quelque chose en plus ? Qu'a-t-il pour qu'on s’intéresse à lui en particulier ? Pour ma part je répondrais, la construction.
Un film en 3 actes
Habituellement, on parle d'actes lorsque nous nous trouvons au théâtre mais, dans sa construction, Boyle cherche quelque part à justement nous emmener dans sa "pièce". Pour 2h00 de film, Aaron Sorkin a écrit près de 200 pages de scénario, ce qui est énorme et particulièrement lourd dans sa narration, Steve Jobs, c'est un film qui parle ! Ce qui m'a directement impressionné, c'est le débit de parole qu'il y a; les scène entre Jobs et son PDG sont juste incroyables, je pense notamment à la scène deux, où, lors d'une dispute qui survient entre eux, les plans se mélangent à des flash back qui font eux mêmes échos au présent, et le rythme est tenu d'une manière à nous en couper le souffle. C'est tout au long une accumulation de montées en tensions auxquelles on se s'attend pas et qui, renforcées par la bande son, nous font trembler. La caractéristique de ce film, c'est donc son découpage en 3 parties. Danny Boyle est un réalisateur qui cherche, découvre, redécouvre, et qui voit le cinéma sous un œil ardu, on peut lui reconnaître Slumdog Millionaire qui pour moi est un chef-d'oeuvre de la réalisation ou encore 28 jours plus tard. Ici, il décide de sortir des plans du biopic habituel et de retracer la vie de Steve Jobs d'une manière qui nous reste plus abstraite. Le film s'étale sur 16 ans et ne montre que 3 moments, les 3 "moments de gloire" (ou pas) de S.J, séparés en 40 minutes chacun et retraçant les 3 sorties des produits phares de la marque : le Macintosh (1984), le NeXTcube (1988) et le iMac (1998). Chacun d'eux se déroulent en temps réel et ce que nous voyons, nous, spectateurs, c'est les quelques minutes qui précèdent chaque conférence de sortie. Il nous en dit très peu mais tout ce qu'il en dit c'est déjà beaucoup. Pour respecter ce suivi temporel, il y a un détail important: il choisit de filmer le premier acte en 16mm pour lui "donner un côté un peu grossier, amateur", le deuxième quant à lui, en 35mm pour créer une rupture avec le premier, et le dernier, avec une caméra numérique de haute définition pour son apogée. Un détail pour certains qui justifie ses choix pour d'autres.
3 actes, également 3 acteurs ! Steve Jobs est joué par Michael Fassbender (Shame , Inglorious Basterds ) et il est juste extra ! Encore trop peu connu, c'est un acteur qui a de l'avenir, j'en suis persuadée, car sa performance ici est juste incroyable. Il est détestable et pourtant provoque notre admiration pour qu'au final on s'attache à lui et à son histoire, l'histoire du personnage même plus que celle de Steve Jobs à proprement parler. On retrouve également Kate Winslet (Titanic), Jeff Daniels et je triche en en mettant un quatrième qui est Seth Rogen. On comprend pourquoi ce dernier joue le rôle le "plus sérieux" si on peut vraiment dire ça, dans tout ses précédents films quand on voit la maturité qu'il a ici. Je ne m'attendais pas à le retrouver dans le casting car, pour moi, cet acteur c'est celui de The interview, Nos pires voisins, C'est la fin .. et toutes ses collaborations avec James Franco ou d'autres qui sont juste du pur délire ! Alors cela perturbe quelque peu je l'avoue.
En bref, toute cette distribution est juste merveilleuse.
En soi, ce n'est pas tant l'histoire de Steve Jobs qui m'intéressait, mais ce que j'ai trouvé en allant voir ce film, c'est une claque au niveau de la cinématographie, des acteurs, des choix scénaristiques etc .. Un film. Un bon, très bon film comme on les aime. Je dirais que si j'en reparlais dans 3 mois, j'aurais sûrement oublié des détails du scénario, mais que ce sont les images qui ressortiraient, le film lui même dans sa réalisation et tout ce qui s'en suit.
Je vous conseille vivement d'allez le voir car il est génial, vraiment. Malgré ce qu'on peut en dire, c'est un film qui marque, qui donne la chair de poule, qui nous tient en haleine, un film qui fait du bien et on aime ça tout simplement.
Eva Favot
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