Quand on a 17 ans
Damien, 17 ans, fils de militaire, vit avec sa mère médecin, pendant que son père est en mission. Au lycée, il est malmené par un garçon, Tom. La violence dont Damien et Tom font preuve l'un envers l'autre va évoluer quand la mère de Damien décide de recueillir Tom sous leur toit.
Ca, c’est ce qui est écrit sur le Net, je vous l’accorde. Mais ne nous limitons pas à ces quelques lignes, ce serait un affront. D’autant plus que Quand on a 17 ans en vaut la chandelle. Laissez-moi vous dire pourquoi.
Quand on a 17 ans est un drame d’André Téchiné sorti le 30 mars 2016 avec Sandrine Kiberlain (déjà ça s’annonce bien !) dans le rôle de la mère de Damien et deux jeunes espoirs Kacey Mottet Klein (Damien) et Corentin Fila (Tom).
Film étant en compétition pour l’Ours d’Or lors du 66ème Festival de Berlin, cela devrait donner envie de le voir pour certains d’entre vous.
Sur l’affiche, Kiberlain est en second plan par rapport aux deux hommes mais, dans le film, elle occupe l’espace dans le rôle d’une mère-médecin aimante et altruiste qui, de plus, est intelligente et ouverte d’esprit. Son rôle est à son image puisqu’elle nous conquit naturellement sans sur-jeu. Nous n’avons plus besoin de vanter ses mérites car Kiberlain est déjà une grande actrice française qui nous fait rire de la manière la plus simple et nous touche par son naturel.
Nous sommes totalement dépaysés par l’environnement : les montagnes des Pyrénées enneigées ou ensoleillées apportent au film une touche esthétique.
Le film est coupé en trois trimestres scolaires mais, pour ma part, il comporte seulement deux parties bien distinctes. Premièrement, dès le début les deux terminales se battent. Les jeunes s’affrontent du regard, ce qui est montré par des plans très serrés alternant de regards en regards.
Cette atmosphère mystérieuse dans laquelle nous sommes plongés nous dépasse. On se pose beaucoup de questions et la principale reste la même :
« - Pourquoi vous vous battez comme ça tous les deux ?
- Parce qu’on s’aime pas, c’est tout.
- Non ça c’est pas suffisant. Y’a autre chose. » - Le Proviseur et Damien.
Ils se cherchent… On ne sait pas pourquoi, seuls les stigmates sur leurs corps ressortent mais rien nous montre ce qui se trame dans leurs têtes, ni pourquoi ils agissent ainsi.
Ca n’est que dans la seconde partie qu’on les découvre enfin.
Dans la bande annonce, il suffit d’un plan également pour avoir une petite idée de l’intrigue.
Téchiné nous dévoile en premier lieu la forme de l’histoire. Et au fur et à mesure que les deux êtres se rapprochent (quand Tom est hébergé chez Damien), les corps se rapprochent également et les sentiments ressortent aussi...
La confrontation physique est l’objet d’un désir et Téchiné le révèle dans la seconde partie, qui n’est plus la forme, mais le fond de l’histoire - comme le déroulement d’une vraie histoire d’amour.
Jeu très réaliste avec peu de dialogues mais des regards laissant un silence qui en dit long – sans que ce soit gênant… Film pudique à la française qui laisse sans voix et un peu vide après la séance – mais un « bon vide ».
Quand on a 17 ans, on est naïf et on se pose beaucoup de question. Et à 73 ans, André Téchiné retourne d’une certaine façon en adolescence. Ici, c’est un « amour sans jugement » que nous dévoile le grand écran. Tout comme le dit Sandrine Kiberlain : « Je me suis oubliée et j’ai vu l’histoire ».
Julianne Roseren
