Albert Dupontel décide, pour son nouveau film, d’incarner le personnage principal dans une comédie dramatique et histoire, artistiquement parlant, très intéressante. Ce long-métrage est une adaptation du livre (du même nom) de Pierre Lemaitre qui a reçu le prix Goncourt en 2013, avec qui Dupontel s'est associé pour écrire le scénario ; il ne pouvait que partir de bonnes bases. Pourtant la facilité n'était pas au rendez-vous : le scénario a été réécrit 13 fois pour un rendu qui en vaut la peine. En effet, Au Revoir Là-Haut est 3e au box-office de France depuis sa sortie en Octobre dernier.
Ce film exploite les difficultés des « gueules cassées » de la 1ère Guerre Mondiale à survire dans un monde d’après-guerre. Tandis qu’Albert Maillard (Albert Dupontel) cherche de quoi gagner de l’argent après ne pas avoir été réembauché, son camarade d’ancien combattant, Edouard Péricourt (Nahuel Perez Biscayart, acteur principal de 120 battements par minute), qu’il tente d’aider, se bat contre les dégâts des champs de bataille et de l’hypocrisie du Paris des années 20, grâce à l'art.
C'est à travers la discipline de ce personnage que la dimension artistique du film se crée. Premièrement, une des choses les plus réussies dans le film, c'est ce mélange entre le tragique de la guerre et le burlesque du théâtre. Cette mixité de genres aurait pu entraîner quelque chose de grossier et d’exagéré à l’histoire à travers le jeu des acteurs. Pourtant c'est l’effet inverse qui se produit : ces deux genres aux antipodes apportent un côté très poétique dans le conte de la dureté des conséquences de la guerre. Effectivement, le parti pris du réalisateur de ne donner ni voix, ni visage au personnage d’Edouard est validé par le rôle du théâtre de masque dans le film. Tandis que ce type de théâtre implique un fort engagement corporel qui donne du rythme au film, la présence des masques apporte d’abord une esthétique hors-norme, mais tisse aussi le lien entre le passé de la guerre et le présent de la survie.
Cependant, l’esthétique des masque va plus loin que ça. Cécile Kretschmar (la créatrice des masques) s’inspire des différents courants artistiques du début du XXe siècle pour une fois de plus lier l’histoire à l’art. Ces masques sont d’autant plus importants et intéressants car ils créent l’originalité du film, et c'est à travers eux que les émotions du second personnage principal (autour duquel l’histoire tourne) sont partagées aux spectateurs. C'est là que le jeu d’acteur est évidemment important : tandis que tous les acteurs, y compris le personnage principal joué par Dupontel, ont l’avantage d’avoir en possession tout leur corps, c'est le rôle d’Edouard qui est le plus difficile. Et Nahuel Perez Biscayart est à la hauteur. Grâce aux gros plans sur ses yeux et son investissement corporel et vocal, la transmission sentimentale est réussie. De plus, les deux heures en salle volent rapidement grâce aux connections entre tous les personnages. Aussi, la caméra a évidemment son rôle majeur pour ne pas laisser le public tomber dans l’horreur de la guerre : avec la représentation très réaliste des champs de bataille ou encore de Paris dans les années 20, les plans pour caricaturer par exemple le commandant de l’armée nous fait rire malgré nous.
Par ailleurs, comme tout film, celui-ci n’est pas parfait et et je me dois de parler des petits défauts (comme toute critique cinématographique doit en comporter). La musique composée par Christophe Julien est très répétitive et n’a pas forcément toujours son utilité. Certes, le réalisateur a sûrement voulu donner un rythme au film avec comme support la bande originale, mais le spectateur étouffe de cette mélodie trop présente. En outre, même si la tragédie est présente jusqu'au bout, le happy end l’emporte, ce qui casse peut-être la dimension poétique du film et surtout le lien avec la réalité.
Enfin, on peut se poser la question de pourquoi le choix de « Au Revoir Là-Haut » ? Le titre est mystérieux et c'est ce qui pousse peut-être la curiosité du spectateur à aller voir ce long-métrage (avec l’aide de l’affiche du film qui est magnifique). Je me pose toujours la question, alors il serait d’autant plus intéressant d’emmener cette curiosité encore plus loin... vers le livre.
C'est un film que je conseille pour un premier aperçu vers certaines réalités de la guerre 14-18, de l’avancée de la science avec les prothèses au début du XXe siècle, et surtout pour un voyage complet vers différentes formes d’art (peintures, dessins, théâtre, sculpture, cinéma, écriture).