The Shape of Water est autant un film de monstre qu’un film sur la condition sociale de diverses classes avec une sorte de sous traitement politique sur la guerre froide dans les années 60. Un point qui permet de justifier la représentation en quelque sorte caricaturale de la famille américaine conservatrice et du personnage du colonel Richard Strickland joué par Michael Shannon, tout comme la présence d’un infiltré Russe guettant une opportunité de récupérer l’homme amphibien dans le cadre de la course à l’armement.
Le personnage principal est Elisa Esposito (jouée par Sally Hawkins) faisant partie d’une minorité plus isolée de la société et dont les proches font eux-mêmes partie d’une minorité, comme Giles le voisin et ami d’Elisa, homosexuel, Zelda Fuller l’amie noire et collègue de travail, faisant un bon ressort comique, et l’homme amphibien.
Del Toro laisse parler sa mise en scène pour éviter à son héroïne de le faire : un procédé intelligent. Il utilise principalement de courts plan-séquences effectués avec fluidité, certains travellings tout aussi efficaces et quelques gimmicks de mise en scène propres à ses films comme cette redondance sur le plan chaussure pour montrer la vie quotidienne de la jeune femme. The Shape of Water choisit de parier un peu plus sur sa narration et l’entrecroisement de deux genres distincts que sur la direction visuelle : il y a là encore un mélange très bien dosé grâce au découpage des scènes et leur rapprochement en termes d’intrigue. Du coup, en parlant de l'écriture, même si Shannon arrive à être apeurant avec ce regard d’animal dominant qu’il affiche par moment, il aurait gagné à être plus ambigu en termes d’écriture. Heureusement, cette ombre est vite recouverte par l’histoire d’amour tendre et poétique entre Elisa et l’homme amphibien. Leurs échanges basés sur les signes s’avèrent toujours très justes et cela enclenche le mécanisme d'une relation nouvelle et peu vue au cinéma, notamment la seconde scène d’amour dans la salle de bain inondée comme un immense carré de cube où tout deux semblent isolés du reste du monde.
Alexandre Desplats propose un travail musical recherché et très bien ancré avec l’imagerie du film. Le thème principal aux cordes avec cet enchaînement de notes au piano et le sifflement derrière caractérisent bien l’étrangeté de la situation mais aussi son charme. Un peu de regret sur un manque de subtilité quant à la représentation de l’américain conservateur et d’émotion dans l’histoire d’amour entre Elisa et l’amphibien.
Au-delà de l’histoire d’amour qui rappelle La Belle et la Bête très joliment revisité et de la patte caractéristique de Guillermo Del Toro, The shape of water est un film intéressant et à découvrir absolument.
Thibault Hebrard Tl1
