Bonjour chers lecteurs, j’ai décidé de vous présenter un documentaire suisse-canadien : L’Apollon de Gaza, réalisé par Nicolas Wadimoff. Il s’agit de son 23ème film, tous documentaires et long-métrages de fiction confondus. Il est notamment connu pour la réalisation d’Opération Libertad qui a remporté deux prix dans deux festivals différents et dont la première mondiale a été diffusée à la 44ème Quinzaine des Réalisateurs de Canne. Dans L’Apollon de Gaza, la voix-off de Bruno Todeschini se fait entendre par moments en tant que narrateur.
Ce documentaire nous offre une vision inhabituelle et rafraîchissante sur la bande de Gaza, loin d’être un simple tas de ruine comme on le pense souvent. Il laisse la parole à ses habitants à un rythme qui invite à la contemplation, bien que cela puisse s’avérer longuet par moment.
Quel est le contexte de ce documentaire, demandez-vous ? Eh bien, en 2013, une statue d’Apollon que l’on suppose datant de l’Antiquité est trouvée au large de Gaza avant de soudainement disparaître. Le peuple palestinien en manque d’espoir ne connait rien de l’origine de cet objet et de nombreuses rumeurs commencent à circuler tandis que des personnes et des associations tentent de le retrouver que ce soit pour des raisons de préservations ou de mercantilismes. Le documentaire se déroule à Gaza et Jérusalem et donne la parole à ceux ayant approchés ou ayant entendus parler de cette statue au centre de toutes les attentions.
Donc qu’est-ce que ce documentaire apporte à ce contexte ? Vous l’aurez remarqué dans le résumer, mais il n’aborde pas directement l’identité de Gaza à travers la guerre qu’elle subit, mais plutôt à travers son patrimoine. On entend l’avis et l’expérience de chaque personne vis-à-vis de la fameuse statue, que ce soit sur sa nature véritable ou sur ce qu’elle devrait devenir. On se retrouve donc avec la confrontation de diverses théories et divers points de vue enrichissants qui nous permettent de constater que cette ville ne se défini pas que par la guerre israélo-palestinienne. Cependant l’on voit tout de même que cette guerre influence bien la vie des habitants et qu’elle n’est pas innocente dans la disparition de la statue ainsi que l’oubli du patrimoine de Gaza. Plusieurs événements qui y sont liés sont évoqués, et cela m’amène à un plutôt gros bémol du film : il faut connaître une partie de l’histoire de Gaza et de la guerre israélo-palestinienne pour être sûr de bien comprendre de quels événements on parle. Parfois, seul le nom d’une opération est donné et on peut être légèrement confus pendant la suite du discours qui s’appuie dessus. Mais cela n’empêche pas la compréhension globale des avis de chacun à travers lesquels on aperçoit la force des habitants qui s’efforcent de vivre dans cette situation qui leur est hostile.
Et au niveau de la réalisation ? Ça se passe comment, me demandez-vous ? On peut dire que la forme est bien exploitée pour la transmission du message, notamment avec une image soignée. En effet, de nombreux plans permettent de constater que Gaza n’est pas un simple tas de ruine ravagé par la guerre, il possède un patrimoine, une vie bien présente. On voit des œuvres et des bâtiments du passé encore bien conservés, même si il semble y en avoir peu, ainsi qu’un petit jardin presque idyllique. Le montage de ces séquences nous laisse les contemplées avec surprise car il est rare d’obtenir ce genre d’image de cette ville dans la plupart des médias. Cependant, ce montage plutôt lent peut rebuter certains, même si il sert le propos du film. Par ailleurs, on arrive à comprendre le « rôle » de chaque personne dans le cheminement de la statue avec seulement le décor dans lequel ils sont chacun filmés, sinon il ne faut pas longtemps pour le comprendre après qu’ils aient commencés à prendre la parole. On peut citer un décor de plage qui nous permet de comprendre que la personne qui va parler est un pêcheur, pas besoin de texte extra diégétique. Cependant, on peut parfois confondre deux personnes qui ont un « rôle » similaire, voir même se demander si on ne se trompe pas et si il ne s’agit pas d’une seule et même personne. Cette confusion peut amener à se demander qui a quel avis entre les habitants concernés, ce qui peut nous amener à être relativement perdu. Ensuite, les quelques passages en voix-off sont plutôt déstabilisants au début car on ne connaît pas immédiatement son but, mais au fur et à mesure on fini par comprendre qu’il s’agit d’une interprétation de la statue, qui voit le conflit israélo-palestinien avec un regard extérieur intemporel. Pour finir, les quelques musiques d’ambiance qui se jouent de temps à autres s’intègrent particulièrement bien dans l’ensemble du film.
Pour conclure, L’Apollon de Gaza est un documentaire qui nous permet de découvrir la bande de Gaza à travers le prisme de cette statue. Nous en savons toujours très peu sur l’œuvre à la fin mais nous avons pu découvrir une facette trop souvent ignorée de cette ville. Cependant on est parfois perdu car il nous manque une connaissance nécessaire à la compréhension d’un événement ou car on confond deux personnes, et le rythme peut s’avérer longuet pour certaines personnes. J’ai bien apprécié ce film et j’en suis sortie avec un regard nouveau sur cette ville en proie aux préjugés. Je le conseille donc vivement à toutes les personnes qui ne sont pas totalement imperméables aux documentaires. Voilà ma question pour ceux qui l’ont déjà vu : pensez-vous que cette statue soit une contrefaçon ou date réellement de l’Antiquité ? (Comment ça je manque d’originalité ?).
Cyrielle DEMARS, TS4
