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Blog des élèves de cinéma du lycée Baudelaire de Cran-Gevrier


Jojo Rabbit

Publié par les élèves du lycée Baudelaire sur 5 Mars 2020, 12:26pm

Jojo Rabbit

Jojo Rabbit est une comédie-dramatique, dirigé et scénarisé par Taika Waititi (plus connu pour Thor : Ragnarock). Il est sorti en 2019 et a remporté le prix du Festival international du film de Toronto l'automne dernier, devant à la fois Marriage Story et Parasite. Beaucoup de gens ont adoré, évidemment. Tout comme beaucoup de critiques étaient négatives.

 

Jojo Betzler (joué par Roman Griffin Davis, 12 ans) est un garçon solitaire de 10 ans vivant quelque part en Allemagne nazie, durant les dernières étapes de la guerre. Il vit avec sa mère Rosie (Scarlett Johansson), ayant perdu à la fois son père et sa sœur. Voulant à tout prix y appartenir, le petit Jojo n'est pas seulement un membre de la jeunesse hitlérienne, il a Adolf Hitler comme ami imaginaire et comme éventuelle figure paternelle, apparaissant de temps en temps pour lui offrir du soutien et des conseils. Cet Hitler (joué par Taika Waititi) n'est pas le dictateur connu de l'histoire, en effet il est plutôt absurde, ce qui paraît plutôt logique sachant que ce dernier est créé par l’imagination d’un jeune garçon. Parfois, il rage, disant :«Heil me!», parfois il utilise le vocabulaire des adolescents « Correcto mondo! ».

 

Jojo se rend dans un camp d'entraînement pour les jeunes hitlériens, dirigé par un ancien capitaine ivre borgne (Sam Rockwell) et son assistant, Fraulein Rahm (Rebel Wilson). A défaut d’être incapable de tuer un lapin lorsqu’il y est mis au défi, il acquiert son surnom, Jojo Rabbit. Après un discours d'encouragement d'Hitler, Jojo essaie ensuite de montrer ses prouesses martiales en arrachant une grenade. Au final il la fit exploser et se retrouve donc avec une cicatrice faciale.

 

C’est donc avec ironie que Jojo, un antisémite, découvre chez lui, avec horreur, que sa mère cache une petite fille juive (Thomasin McKenzie) dans le grenier de leur maison. Incapable de trahir ni la jeune fille ni sa mère, Jojo fait un pacte avec Elsa, insistant pour qu'elle lui révèle les « secrets sinistres » des Juifs pour un exposé qu'il a intitulé « Yoohoo Jew ». Elsa joue le jeu, lui racontant qu'ils ont des cornes, sont attirés par les choses brillantes et pendent au plafond quand ils dorment, comme des chauves-souris.

 

Elsa, 16 ans, comprend à merveille que Jojo n’es pas nazi, et lui assure : « Tu es un enfant de 10 ans qui veut faire partie d'un club. » Elle lui offre même son premier baiser. Mais Jojo reste indécis entre ses sentiments pour Elsa et sa loyauté envers son ami imaginaire.

 

Toujours avec autant d’ironie, lorsque Jojo demande quoi faire au sujet de la jeune fille juive, Hitler rétorque: « Vous pensez que je suis l'expert? ». Voici donc une désinvolture à propos du génocide nazi. Sauf que tout cela est si ironique, qu'il n'y a vraiment aucune offense, ni beaucoup de rires, en fait. Mais ensuite, lorsque le film tente de se transformer en un écrit excessivement pathétique ; Hitler se suicide, l'Allemagne est vaincue et Jojo découvre que sa mère a fait partie de la résistance. Cela n’a aucun poids historique. Au lieu de cela, nous recevons une augmentation de sentimentalité. Rosie raconte à Jojo: « La vie est un cadeau. Nous devons le célébrer. Nous devons danser. » Alors ils le font. Elsa est également déterminée à ce que son premier acte quand elle sera libre soit de danser. Les changements de tonalité dans Jojo Rabbit ne fonctionnent pas parce qu'ils ne sont pas sérieusement destinés, l'intention ici étant plutôt de rester toujours mignon. Il y a un regard aux couleurs vives, semblable à un jouet, ou comme s’il était vu par un œil d'enfant, au film, complètement en contradiction avec son contexte sombre.

 

Le roman sur lequel Jojo Rabbit est basé, Caging Skies de la romancière néo-zélandaise / belge Christine Leunens, n'est pas une comédie et n'inclut pas Hitler comme un ami imaginaire. Taika Waititi (qui se décrit comme un «Juif polynésien», d'origine maorie, juive et irlandaise) a transformé cette histoire en un divertissement. Peut-être serai-t-il aussi appréciable d'étendre la même attitude ironique à la politique contemporaine.

 

- Mazarine Padovani

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