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Blog des élèves de cinéma du lycée Baudelaire de Cran-Gevrier


Petit Pays

Publié par les élèves du lycée Baudelaire sur 7 Novembre 2020, 16:36pm

Catégories : #drame

Petit Pays

Petit Pays, Une adaptation fidèle et captivante du roman éponyme de Gaël Faye. Un pari réussi pour le réalisateur Eric Barbier notamment connu pour  "La Promesse de l'aube" (2017) mais aussi "Le Dernier Diamant" (2014). C'est un drame avec pour acteurs Jean-Paul Rouve, Djibril Vancoppenole, Dayla De Medina et Veronika Varga. Il est en salle depuis le 28 août 2020.

En 1993, Gabriel (Djibril Vancoppenole) vit heureux et paisible avec son père, un entrepreneur expatrié français, sa mère, d'origine rwandaise ainsi que sa petite soeur au Burundi. Seulement son innocence et son bonheur vont être menacés à cause de la guerre civile burundaise opposant Tutsi et Hutu.

 

Ce qui est de vraiment marquant et ce qui confère au film toute son originalité c'est avant tout son thème historique bien trop méconnu du monde : Le conflit opposant Hutu et Tutsi découlant de la guerre civile burundaise et surtout de l'atroce génocide des Tutsi au Rwanda. En 1993 éclate la guerre au Burundi et elle se termine officiellement en 2005 avec encore des violences épisodiques après cette date; ce qui en fait encore un sujet d'actualité puisque dénonçant les guerres ethniques. Le film explique avec succès la situation conflictuelle et pesante du Burundi et du Rwanda dans les années 90. Le réalisateur montre un réel attachement pour tout l'aspect historique avec entre autre des images et des extraits de reportage d'archives mais aussi il reste fidèle à l'histoire de Gaël Faye beaucoup plus intime et attachante grâce au film.

La bande son est bien maîtrisé et importante aussi avec la participations d'artistes originaires d'Afrique comme Franco Luambo, Khadja Nin ou Geoffrey Oryema (encore ici une implication du réal). La bande son s'accorde constamment avec l'ambiance et l'atmosphère du film, l'image ne serait pas aussi significative et puissante sans la bande son et vice-versa. L'ambiance sonore devient de plus en plus glaçante et terrible au fil du film et c'est vraisemblablement le gros point fort de la bande son.

Au-delà de tout l'aspect historique, le film se veut vraiment psychologique, social, politique et philosophique. Car même si à première vue on pourrait penser que le film raconte juste le récit d'une famille survivant au beau milieu d'une guerre, il en est tout autre. Eric Barbier cherche aussi à montrer les rapports sociaux et solidaires entre les membres d'une même famille, d'un groupe d'amis ou ethnique ou au contraire montrer la haine et l'aversion que l'homme peut éprouver pour l'inconnu,l'étranger. Tout le long du film  nous sommes tiraillés d'un côté par les rapports solidaires et sympathiques entre chaque personnages et à contrario par leurs rapports épineux voire violents. Et plus ces rapports vont s'intensifier plus tous vont éclater petit à petit: c'est pour ça que le film est très psychologique aussi. Il soulève des réflexions comme: jusqu'où est prêt à aller un homme pour une idée, un groupe ou tout autre motivation ? A-t-il ses propres limites ? Pourquoi l'homme se bat au final ? Pourquoi tant d'horreurs, de haine, de violence, de massacres, de conflits pour une quelconque appartenance ? Et que signifie cette appartenance ?

Dans un premier temps, le film est plutôt lent histoire que le spectateur prenne ses marques, s'attache aux personnages, profite de l'environnement et de la lumière somptueuse; presque partager le bonheur des personnages comme participant à la vie de famille. Dans le second temps, tout s'accélère: la lumière s'assombrit, les plans sont beaucoup plus saccadés et grossiers, l'environnement, auparavant, chaleureux devient le théâtre de la guerre et de l'horreur (ville à feu et à sang), on oublie certains personnages, on plonge dans la peur et la dévastation, les personnages se raccrochent péniblement aux derniers instants de bonheur; on ne partage plus que leur détresse et peine. C'est aussi un des gros points forts du film, le fait que la trame soit synchro avec la réalisation et qui par conséquent nous immerge complètement dans le film de sorte à vraiment vivre chaque détail.

Petit Pays dépeint toute une enfance, tout un fait historique: L'enfance de Gaël Faye, la guerre civile burundaise. Une enfance vraiment compliqué qui a su être déterminante pour l'artiste. Les rapports particuliers de l'artiste à son pays, à la musique et à la littérature sont si biens incorporés au film qu'ils apparaissent tellement de manière significatifs et clairs à nos yeux. Un  film bercé par l'innocence et la naïveté d'un enfant portant un regard sur la guerre. Une poésie capitale qui résonne sur fond de la chanson Petit Pays. Petit Pays nous rappelle le bonheur des petites choses, que tout peut aller si vite. Au final tout le monde a son petit pays qu'il doit préserver et où il peut se raccrocher. Au final tout le monde a ce "chez soi", ce Petit Pays qu'on pourrait appeler cette Petite Planète.

 

Alexandre.B

 

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