Le réalisateur suédois, Ruben Östlund, a reçu la palme d'or au festival de Cannes pour son film The Square. Le film, sorti le 18 octobre 2017, est tourné en Suédois et dure 2 heures et 22 minutes.
Il y a différents types de cinéma : celui créé pour divertir les spectateurs, celui pour l’instruire, puis il y a celui qui est là pour éprouver le spectateur, lui faire ressentir des choses et ensuite le questionner... Ce film fait partie de cette dernière catégorie.
Ruben Östlund dépeint la société occidentale capitaliste qui fonctionne selon des conventions sociales qui privilégient la représentation des valeurs plutôt que leurs incarnations. Cette critique de notre société se fait par le biais le l’art contemporain qui accentue les différences entre les classes sociales, avec une élite capable de comprendre et les autres qui en sont exclus. Affirmer que l’on est solidaire est, ici, plus important que de l’être. Cette désincarnation des valeurs est poussée à l'extrême et questionne beaucoup de sujets de société tels que l’immigration, la place des femmes, des enfants, la pauvreté, la culture.
Le conservateur du musée d’art contemporain de Stockholm (joué par Claes Bang) reçoit une nouvelle oeuvre s’intitulant The Square, un cartel le décrit comme "un sanctuaire de confiance et de bienveillance [...] où nous avons tous les mêmes droits et les mêmes devoirs."
Ruben Östlund avait lui-même créé cette oeuvre des années auparavant. Le film va se dérouler autour du carré qui prône de belles valeurs mais qui reste toujours vide. La figure du carré est d’ailleurs présente dans presque toutes les séquences du film comme une forme de rappel de la thématique du film : la déconnexion qu’il existe entre l’affirmation des ses valeurs et leurs réelles incarnations. Le film comporte une scène forte, comme dans Snow Therapy, film précédent du cinéaste avec la scène de l’avalanche. Ici, c’est la performance d’un artiste, pour une réception en l’honneur des donateurs du musée d'art contemporain. Joué par Terry Notary de la planète des singes, il se comporte comme un singe sauvage. Dans la salle, personne ne réagit aux agressions du singe/homme qui se font de plus en plus violentes. La convention souhaitant que personne ne se lève et réagisse puisse que c’est de l’art. Alors jusqu’où faut-il choquer pour que les gens réagissent? Cette question se pose pendant tout le film, avec par exemple la publicité du musée qui fait exploser une petite fille mendiante dans le carré, où ici une femme qui va jusqu’à être sur le point d’être violée dans l'indifférence générale. Cela renvoie à la première scène du film où une femme en pleine heure de pointe appelle à l'aide. Ruben Östlund confronte les stéréotypes à la réalité et pousse ces situations à leur extrême. C’est ainsi qu’un petit garçon immigré se retrouve indirectement accusé de vol par le conservateur de musée alors qu’il est innocent. Les nombreux plans de la ville montrant toutes les personnes sans abris devenues invisibles pour les passants montrent l’hypocrisie de cette société.
La lumière du film donne une dimension très esthétique aux images. Dorée, parfois sombre ou d’un blanc très froid, elle est composé comme pour un tableau, ce qui contraste avec le jeu des acteurs qui est extrêmement réaliste. Dans une scène clé du film, la musique de Justice n’est pas utilisée au hasard. Le clip d’une de leur musique intitulé "Stress" a fait polémique : celui-ci montrait la violence qu’exerçait un groupe de jeunes venant des banlieues. La question reste la même : jusqu’où il faut accentuer les choses pour qu’elles soient comprises et regardées en face?
Eloïse de Sainte Lorette
