Critique cinématographique
11’09’’01 - September 11 de Alain Brigand
Court métrage de Idrissa Ouedraogo (Burkina Faso) de 46’09 à 56’58
Oussama Ben Laden était l’ennemi juré des États-Unis jusqu’à qu’il soit assassiné par les forces américaines le 2 mai 2011. Il était la grande frayeur du peuples américain. Mais pourtant, était-ce le cas
pour tout le monde ?
Au Burkina Faso, dans les rues de « Ouaga », Adama, un enfant burkinabé, essaye de tout faire pour venir en aide à sa mère qui malheureusement est malade. En apercevant Ben Laden dans les rues, ses amis et lui font tout pour essayer de le capturer pour être récompensé de 25 millions de dollars pour sortir de la pauvreté et surtout soigner la mère d’Adama.
Ce petit chef d‘œuvre a été réalisé par Idrissa Ouedraogo, réalisateur Burkinabé de plusieurs films et court- métrage, filmé dans sa région natale, un village proche de la ville de Ouahigouya.
Dans ce court-métrage, créé plutôt dans le comique ce qui le rend drôle par moment, le réalisateur met en scène des enfants burkinabés qui vivent quelques temps après ce tragique évènement. Il nous montre des enfants qui voient des personnes mourir tous les jours.
Famine, maladies, meurtres ... Depuis des années ils vivent comme ça. Mais jamais personne n’en parle, ou ne réagit. Ce qui engendre le fait que les burkinabés ne s’intéressent pas aux attentats du 11 septembre, aux effondrements des tours Jumelles. Pour eux, ce n’est qu’un événement tragique comme un autre. Au début du court-métrage, un marchand parle avec Adama et lui dit « Le monde est devenu fou ». Mais tout de suite après, ils enchainent sur autre chose, sur leurs problèmes à eux.
Idrissa veut nous montrer dans ce passage, très bien réalisé, le manque d’intérêt qu’on les burkinabés sur le reste du monde. Comme nous, qui avons un manque d’intérêt à leurs problèmes. Il cherche à nous faire comprendre que dès qu’un événement tragique, tels que des attentas, ont lieu dans un pays riche, c’est tout suite un sujet d’actualité dont il faut absolument parler. Mais pourquoi parler du Burkina Faso alors qu’on c’est très bien qui est ravagé par la maladie ?
Idrissa veut aussi nous montrer que dans ce cas là, dans les pays pauvres, les ennemis publics ne sont pas des dangers, mais plutôt des profits. Ces enfants ne possèdent rien, donc ils voient Ben Laden comme une récompense plutôt qu’un criminel. Tout le court-métrage tourne autour de ça.
Il est très bien réalisé d’ailleurs car on retrouve pleins de réalités notamment sur les actes, les bêtises que font Adama et ses amis. Voler un caméscope, utilisé des armes sans autorisation, préparer des coups dans le dos de ses parents... Des promesses d’enfants. Ils sont près à faire n’importe quoi pour de l’argent et surtout, se sortir de la misère de se pays. Et les acteurs font une magnifique prestation ! On dirait plus un documentaire filmé en direct plutôt qu’un film répété plusieurs fois !
Un dernier petit détail qui a sûrement été pensé par Idrissa, la vérité sort toujours de la bouche des enfants. Nous pouvons, en effet, mentionner cela car à un moment dans le film, Adama et ses amis décident de ne pas en parler à leurs parents car, d’après eux, les adultes associent « argent » à « grosse maison », « belle voiture », « femmes »... ce qui peut être assez vrai. Ensuite, à un notre moment, le vigile ne laissent pas entrer les enfants en pensant qu’ils sont fous de dire qu’un criminel est dans l’aéroport. Le vigile regarde la cassette, dubitatif, et sans aucuns remords, il balance la cassette et demande aux garçons de fichez le camps. Ce qui en fait deux moments comiques et réaliste.
Avec de pareils couleurs, des décors magnifiques, beaucoup de réalisme grâce aux talents des acteurs et une petite touche de rire, ce court-métrage est une vrai réussite ! Des musiques très bien accordées aux scènes, du rythme, de la perfection en tout genre, font forcément une réalisation parfaite ! Même si ces petites scènes de rire, qui nous font oublier cet affreux événement sur le coup, ne serviront pas à racheter un passé terrible.
Clémentine. LELIZOUR