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Blog des élèves de cinéma du lycée Baudelaire de Cran-Gevrier


Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l'existence

Publié par Eva Favot sur 9 Mai 2015, 15:47pm

Catégories : #comédie dramatique

Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l'existence
Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l'existence
Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l'existence
Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l'existence
Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l'existence

Joyeusement dépressif

Si tout au long du film les personnages ne cessent de répéter "Je suis content de savoir que vous allez bien, je suis content de savoir que vous allez bien, je suis content de savoir que vous allez bien", cette phrase en réalité ne montre que la programmation de la personne humaine à toujours vouloir s'efforcer de croire que ça va. L'homme se recroqueville sur sa personne pour ne pas prendre conscience qu'il va tout sauf bien. Un fusil à la main enfermé dans son bureau, à terre, malade et mort de fatigue à force de passer la serpillière, cloisonné dans un appartement bétonné .. "je suis content de savoir que vous allez bien".

Tout a commencé en 2000 lorsque Roy Anderson entreprend le projet d'une trilogie, celle "Des vivants". Après Chansons du deuxième étage et Nous, les vivants (2007), il sort enfin en 2014 (sortie norvégienne) Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l'existence. A première vue des titres, on pourrait penser à un éloge du bonheur de l'humanité, des "vivants", mais loin de là. Il ne cherche qu'à montrer le sens du mot oxymorique, la mort, la mort qui est en nous au quotidien, qui nous tient; avec des personnages avides d'expressions, au teint blafard et aux vies mortellement ennuyeuses qui reviennent au fur et à mesure de ses films. Dans le dernier, on suit particulièrement deux vendeurs de farces et attrapes, Sam et Jonathan, qui peinent à vendre leurs "dents de vampires", et "leurs masques"; censés faire rire les gens, ils tombent eux-mêmes en dépression.

Le réalisateur Anderson développe le pouvoir de rire de la mort en commençant avec le décès de 3 personnages dans des conditions complètement absurdes : le premier meurt en essayant d'ouvrir une bouteille avec un tire bouchon, un autre dans un lit d’hôpital alors que ses deux enfants se battent pour lui enlever le sac des mains, le dernier meurt en plein vol alors qu'il venait d'acheter un plateau repas; au lieu de s'occuper de lui, l'hôtesse et les pilotes vont alors débattre sur le fait que maintenant qu'elle était payée, la nourriture ne pouvait pas être remise en rayon. Comme si la mort autant qu'on en a peur était si banale dans nos vies, à un tel point que lorsque Jonathan rêve "d'un truc horrible" - des hommes brûlés par d'autres hommes dans une machine, sous les yeux attentifs d'hommes et de femmes politiques - ni lui ni nous spectateur, ne pouvons distinguer si il s'agit bien d'un rêve ou de la réalité. Un choix de tournage qui ne nous aide pas à comprendre le cheminent de l'histoire.

De plus, malgré quelques repères historique comme la bataille de Poltava ou Charles XII, le réalisateur s'amuse à nous perdre dans le temps, en passant de 1943 aux homo sapiens sans nous l'indiquer, d'un lieu à un autre, d'une histoire à une autre. J'avoue que, une fois la séance terminée, on on ressort qu'en n'ayant compris que la moitié du film, et encore ! Il est très complexe au niveau de sa structure, mais cela n'empêche pas de l'apprécier grandement.

Au final, ce film est une promenade kaléidoscopique à travers la destinée humaine. C'est un voyage qui révèle l'humour et la tragédie cachés en nous, la grandeur de la vie, ainsi que la fragilité de l'humanité et son entraide.

1h40 de film en 39 séquences, 39 plans..

C'est la première fois que je vois un film tourné de cette manière et je dois avouer que je trouve ça très innovant et plaisant. Roy Anderson a une technique de tournage bien particulière : il établit un fil conducteur d'un point de vue visuel, car il filme essentiellement en plans larges et fixes, en laissant à chaque scène un seul et unique point de vue, ce qui donne parfois des plans durant jusqu'à 5-6min. Pour s'expliquer, il nous dit : "Oui, cette façon de travailler me permet de situer les personnages dans l’univers qui les entoure au lieu de les isoler. Je n’arrive pas à regarder des films qui font constamment des coupes pour accélérer l’histoire. Je suis attaché à ces valeurs visuelles, créant l’espace pour une composition plus ouverte, plus démocratique". Cette forme va alors accentuer le côté mort, comme je disais tout à l'heure, des personnages, sans mouvement; on pourrait penser avoir affaire à une nature morte, sentiment s'expliquant d'autre part par les couleurs pastels, mornes et blafardes données à l'image.

Tout s'assemble sans vraiment de logique, des scènes qui n'ont rien à voir entre elles se suivent comme si de rien n'était, sans fondus enchaînés ou autres moyens cinématographiques qui nous permettraient de distinguer le changement. De la même manière, le film démarre directement sur un plan et finit par un autre plan, sans transitions comme le fondu noir habituel par exemple ou même un simple titre. Les producteurs nous confient que la technique de Anderson consiste à ne pas rédiger de script complet mais à coller des photos des scènes qu'ils ont tournées : "Ça fait office de story-board, c’est le “script” principal. Après, pendant le tournage, il remplace progressivement les dessins par les photos des scènes qu’on a tournées. Et à la fin, il utilise le mur pour “monter” le film, en déplaçant les photos pour imaginer quel sera le meilleur ordre des scènes. Ça correspond beaucoup plus à son style que d’utiliser la salle de montage."

39 scènes sur la banalité et la trivialité de la vie quotidienne, entrecoupées de quelques scènes plus surprenantes, plus abstraites, plus extrêmes, où l’exceptionnel surgit de manière inattendue de l'absurdité de la vie de tous les jours. 39 scènes drôles, 39 scènes tristes aussi. Les scènes comiques sont tragiques, et les scènes tragiques comiques.

Un film "à mourir de rire"

Je vous conseille d'aller le voir rien que pour sa forme, trop rare de nos jours au cinéma. C'est un peu un film qui accumule les termes oxymoriques lorsqu'on cherche à le décrire. Je serais encore tentée de dire qu'il est "tout simplement complexe" car, même si on pourrait le penser plus facile à comprendre de par ses caractéristiques et un message à la portée de tous, en réalité loin de là; car Roy Anderson s'amuse à nous emmener sur plein de pistes à la fois, sur plein de points de vue en même temps et il est parfois vraiment compliqué de savoir ce que cette scène a comme sens ici, quand bien même il rajoute des éléments pour nous aider, il ne fait que nous compliquer la tâche de compréhension.

Pour ma part, j'ai très sincèrement apprécié ce film rempli d'humour noir et encore plus en y repensant, quoiqu'un peu long et répétitif. Il nous fait réfléchir sur notre existence et ce qu'on en laisse apercevoir. Un autre point qui m'a particulièrement marqué sont les jeux de reflets tout au long du film, ils sont vraiment magnifiques. A chaque plan son reflet, dans une fenêtre, dans une vitre, un miroir, d'autant d'éléments inhabituels qui le rendent unique, donc je le conseille vivement pour les amoureux du cinéma d'auteur.

(les plus)

Le film s'introduit avec une scène d'un homme observant attentivement un pigeon sur une branche derrière une vitre de musée, seulement il le regarde tellement fixement qu'il en a un regard vide et on pourrait presque que se demander lequel, entre l'animal et l'être humain, se trouve dans la meilleure situation.

Le seul moment où on retrouvera le titre c'est lors de la séquence 17, une petite fille prénommée Wilma, atteinte d'un cas de trisomie, parle d'un poème qu'elle veut raconter. Le côté tragico comique ici est lorsque le directeur lui demande le titre du poème, de quoi il parle et avant même de l'avoir laissé le raconter, la remercie devant l'assemblée et l'invite à rejoindre sa place.

Pour établir son cadre si particulier, Anderson s'est inspiré de deux peintres allemands : Otto Dix et Georg Schloz, auteurs d’œuvres comme Flandern pour Otto dix ou le propre autoportrait de Georg Schloz.

Les personnages inventés sont toujours issus du milieu de la vente et du marketing. Le réalisateur s'explique : "D’une certaine manière, cela provient de mon enfance, des membres de ma famille qui vendaient des choses. Mais le vendeur est universel ; la vie peut se résumer plus ou moins à ça. La vente et le marketing sont les fondements de la société civilisée, pourrait-on dire. Je vais convaincre ce fonds ou ce diffuseur TV que c’est intéressant et important. Je suis moi-même un vendeur, nous le sommes tous."

Il est prévu que cette trilogie accueille un quatrième film sur le même thème.

En 2014, Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l'existence a reçu la récompense la plus prestigieuse du Festival du cinéma de Venise, le Lion d'Or.

Eva Favot

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